« Il n’y avait qu’un radiateur dans les studios Stax, posé à côté de la batterie. Al était en t.shirt, et nous, de l’autre côté de la pièce, en manteaux et gants ! » Wayne Jackson« D’accord, vous pouvez le mettre sur un piédestal, en faire une idole, mais ce n’était pas une putain d’idole. C’était un être humain, c’est tout. » Johnny Jenkins
Petit garçon noir et pauvre
Otis Redding est né le 9 septembre 1941, dans la petite ville de Dawson, en Géorgie, qu’il ne connaît que le temps d’un déménagement, trois ans plus tard, à Macon (ville natale de Little Richard et de Randy Crawford, qui avait acclamé les débuts professionnels de James Brown, et qui verra plus tard s’épanouir le talent des Allman Brothers Band), située dans le même état. Au faîte de sa gloire, il deviendra par ailleurs Maire honoraire de cette cité. Pour l’heure, la famille s’installe dans un quartier à loyers modérés. Sa mère, Fannie, lui offre quatre sœurs et un frère, Rodgers. Son père, Otis senior, subsiste (et fait vivre sa famille) en cumulant deux emplois : le premier dans la base aérienne militaire de Robins, le deuxième comme prêtre de la communauté. Des ennuis de santé (il souffre de tuberculose) lui interdisent malheureusement de poursuivre dans cette voie : le jeune Otis, quant à lui, doit quitter précocement le lycée Ballard-Hudson, et embrasser divers petits métiers (pompiste, puisatier), afin de ramener quelque argent à la maison. Les premiers contacts du jeune garçon avec la musique sont parfaitement communs au vécu d’un jeune noir durant cette décennie : il pratique le gospel à l’église, et devient même le batteur (à raison de six dollars la séance, et après avoir inculqué quelques rudiments de l’instrument à l’école) de divers ensembles se produisant dans les lieux de culte, ou durant des émissions sur WIBB, radio locale. Il chante également dans un groupe amateur, se frottant pour l’occasion à la pratique de piano et guitare.
Grand garçon noir et pauvre
En 1958, Redding part en tournée avec the Upsetters, ancien backing-band de Little Richard, et truste l’intégralité des concours amateurs de chant auxquels il participe. En 1960, Redding s’installe quelques mois chez l’un de ses sœurs, à Los Angeles. Il y est laveur de voiture le jour, chanteur la nuit, et trouve l’opportunité d’enregistrer deux 45 tours. Le jeune homme, de retour à Macon, se marie (sa jeune épouse se prénomme Zelma, et ils auront ensemble deux beaux garçons), enregistre un troisième disque toujours sous influence (Sam Cooke), et rencontre le guitariste Johnny Jenkins. Ce gaucher, à la moustache faconde, et au style épileptique (il se fait une spécialité d’enchaîner les soli…la tête en bas), sera d’une profonde influence dans le jeu de Jimi Hendrix. Pour l’heure, Phil Walden, patron du label Capricorn records, manager de Jenkins, adolescent, blanc et enthousiaste, aide le musicien à monter un nouveau groupe local, the Pinetoppers. Walden est un authentique fan de musique noir, ce qui n’est pas sans poser problème, dans la mesure où, application stricte des lois de ségrégation raciale oblige, il ne peut applaudir sur scène les artistes noirs qu’il manage ! En tout état de cause, Otis « Rockhouse »Redding est ainsi intégré dans le groupe comme chauffeur, valet, puis…chanteur principal, développant un style calqué en tout point sur celui de la star de la ville, Little Richard. Redding se fait par ailleurs une spécialité d’imiter à la demande tous les grands chanteurs noirs de l’époque.En 1962, Jenkins et le jeune vocaliste se rendent dans les studios Stax de Memphis, pour y enregistrer pour le compte du distributeur Atlantic. Le projet, ourdi par Walden, est, non seulement de permettre la gravure d’un nouveau succès pour le guitariste, mais également d’autoriser Otis à se frotter à la réalité d’un studio, et ce face au groupe d’accompagnateurs maison, le plus huppé du moment : Booker T. & the MG’s (comprenant outre les claviers de Booker T. Jones, le bassiste Donald « Duck » Dunn, le batteur Al Jackson, et le guitariste Steve Cropper). Comme il reste un peu de temps en fin de séance (Booker T., fatigué, est rentré chez lui, laissant le clavier à son futur légendaire guitariste), Redding en profite pour placer l’une de ses compositions, « These Arms Of Mine », composée deux années auparavant. Le trémolo dévastateur du chanteur fait merveille dans cette ballade, dont le but principal reste le rapprochement des points de vue, et des couples de danseurs.