Dans une étincelante intuition, le chanteur décide de parler à la fin de la chanson, lui offrant par-là même une spécificité tout à fait originale. Jim Stewart, patron de Stax, en concevra une totale fixation sur les ballades interprétées par Otis, exigeant que tous les enregistrements de Redding en comprennent une proportion raisonnable. Walden, quant à lui, est subjugué, et la carrière du jeune chanteur est lancée. Par souci de réciprocité, ce dernier proposera à Jenkins d’intégrer son groupe de tournée : le guitariste refusera…par peur de l’avion.Constatant que le disque ne se vend pas, Stewart concède ses droits au DJ d’une radio de Nashville : après plusieurs mois de matraquage, « These Arms »…atteint la vingtième position des classements de vente rhythm and blues : la période des vaches maigres est révolue. Les tournées, épiques (tout le monde était armé dans le groupe, et toujours sur le qui-vive) se succèdent. Redding doit toutefois attendre 1963 pour enregistrer un nouveau disque, où il déploie toute la technique acquise au contact du gospel. Quelques mois plus tard, « Pain In My Heart » (nouvelle ballade), démontre le chemin parcouru par le jeune artiste : la chanson, parfaite de romantisme, et de mise en scène, sera un succès signé Redding…jusqu’à ce qu’Allen Toussaint, producteur de la Nouvelle-Orléans, revendique la paternité d’une mélodie étrangement semblable, composée pour la chanteuse Irma Thomas. Le contentieux se règlera au gré à gré par un partage des royalties.Les disques s’enchaînent, qui permettent à Otis de développer, outre une technique vocale parfaitement maîtrisée (en particulier dans l’usage intensif du contretemps, et du falsetto), un sens des arrangements tout à fait innovants : l’utilisation des triolets du piano, d’une section de cuivres (les Mar-Keys) omniprésente dans les morceaux rapides, de l’orgue en réminiscence de la musique d’église, et d’une étonnante guitare dans les contrepoints et ornementations, reste tout à fait inédite pour l’époque. On considère naturellement l’orchestre de Booker T. Jones comme un artisan à parité de ces bouleversements. C’est en février 1964 qu’est édité le premier album d’Otis Redding, Pain In My Heart. Tout comme son successeur, The Great Otis Redding Sings Soul Ballads (mars 1965) peu ou prou compilation de singles, il n’a qu’une modeste carrière dans les hit-parades. Ces diverses sessions ont au moins le mérite de générer la rencontre avec un autre grand nom de la musique noire américaine, en la personne d’Isaac Hayes. Ce dernier mettra ses divers talents au service du chanteur jusqu’à sa disparition.
Grand homme noir
Le disque suivant, « Mr Pitiful » (« Monsieur piteux état » , allusion au ton navré de Redding dans les ballades, mais également en souvenir de temps impécunieux), constitue une double innovation : il s’agit de la première chanson écrite en compagnie de Steve Cropper, et c’est le premier disque de Redding à se frayer un chemin dans les premières places des classements de ventes. La face B du 45-tours (« That’s How Strong My love Is ») constitue une espèce de Sacré Graal de la ballade soul, bénéficiant de la commercialisation quasi simultanée de trois versions, celle de Redding, du chanteur O.V. Wright, et des Rolling Stones.En juin 1965 est édité ce qui reste comme le chef d’œuvre d’Otis Redding, l’album Otis Blue, Otis Redding Sings Soul. Entraîné par l’impérial « I’ve Been Loving You Too Long » (composée en compagnie de Jerry Butler, dans une chambre d’hôtel de Buffalo), un « Respect » – en écho des émeutes sanglantes de Watts et de Harlem - magnifié quelque temps plus tard par Aretha Franklin (qui le transforma en numero uno), un « Rock Me Baby » agrémenté d’un sublime solo de guitare signé Steve Cropper, et un hommage à Sam Cooke, disparu six mois auparavant, le disque se classe à la fois dans les hit-parades pop et rhythm and blues (dont il atteint la pole position). On peut également y entendre une version du « Satisfaction » de Jagger et Richards, alors que les deux britanniques ont toujours clamé avoir composé cette chanson en hommage au style de l’Américain. Conséquent d’une séance de vingt-quatre heures entrecoupée d’un concert (sic), cet enregistrement figure de manière indéracinable dans la liste des cent plus grands disques de tous les temps, éditée par le magazine anglais New Musical Express.
Les dates ... 1967 (10 Décembre) Décès de Otis Redding 1967 (17 Juin) Festival de Monterey |