C’est l’histoire d’une fille, elle chante.
Et joue de la guitare, et compose. Elle aime tellement cela, chanter,
qu’elle y consacre l’essentiel de son énergie depuis 2006,
finissant par stabiliser, malgré les aléas du milieu musical
actuel, une cellule fixe à ses côtés (car
Pamela Hute est une
fille, c’est une chose entendue, mais c’est également un trio,
complété par Igor Bolender aux claviers - roi des tripatouillages
soniques -, et le batteur Ernest Lo). Après un premier EP, ce petit
monde enregistre donc un album auto-produit, et s’apprête à le
distribuer via Internet, lorsque la bonne fée des musiciens
talentueux sort du bois, en la personne de
Vincent Frèrebeau, ancien
guitariste de
Thomas Fersen, et patron du label Tôt Ou Tard. Ce
dernier fomente le projet d’un label subsidiaire, aux orientations
plus rock : Guess What ! est né, et
Pamela Hute en sera la
première signature.
Depuis
l’époque de l’autarcie, les chansons de ce premier effort ont
donc été réenregistrées dans le sud de la France (en Dordogne),
mixées à Paris, masterisées à New York (par Steve Fallone, qu’on
a croisé aux côtés des Strokes), et différemment agencées.
Mais, par-delà ces coups d’œil glissés en coulisses, c’est sur
scène qu’on a commencé à avoir des (bonnes) nouvelles de Pamela
Hute. Voix charmeuse, apte à générer tour à tour envoûtement et
excitation, et saturation élevée à hauteur de l’un des
Beaux-arts, la jeune femme passe alors avec aisance de la tension à
la mélancolie, distillant une pop nerveuse, qui assume crânement
ses influences (avec en tête de file tout un pan de la Brit pop,
bien que beaucoup évoquent également
Archive, ou
Placebo, ainsi que
certaines turbulences apparentées au disco). Autant en convenir tout
de suite ici : le saut dans le vide d’un premier album s’opère
de brillante façon. Des sonorités troublantes d’ « Hysterical »
en ouverture, à l’envoûtement de « Tell
Me More »,
de l’âpreté guitaristique de « Taste
It »
au premier single extrait du programme (« Don’t
Help Me »,
tube évident, s’il y a une justice) le constat est immédiat :
Pamela Hute sait trousser une chanson sur le papier, et la développer
grandeur nature. Dans « Parachute »,
et son clavier sautillant qui tangue du côté de la Mersey, la
chanteuse démontre qu’elle a des lettres (le Swingin’ London, et
toutes ces sortes de choses). Avec « Pink
Safari »
(librement inspiré du film Lost
In Translation de
Sofia Coppola), elle assène deux ou trois évidences sur ses
capacités à offrir toutes les couleurs de l’arc-en-ciel à ses
chansons. Parfois, les climats se teintent de cette étrangeté du
clair-obscur : « Friend »,
son chant doublé, et son déchirement concomitant, pointe clairement
que nous ne sommes pas ici dans le figé, et l’unidimensionnel.
Jamais
dans ces douze chansons
Pamela Hute ne se regarde composer, ni
écouter chanter : tendu à l’extrême, son art impulse bien
au contraire un équilibre rare entre force et faiblesse, fragilité
et pugnacité. En 2009,
Pamela Hute s’est vue honorée des Music
Awards Paris. En 2010 est édité son premier album : on
considèrera bien volontiers cela comme un signal fort, et une rampe
de lancement, vers une carrière que l’on souhaite prolifique.
Christian Larrède