Même si fille de Floyd « Shim » Barber (saxophoniste du grand orchestre de Glenn Miller), cette petite
Patricia n’a jamais voulu être musicienne de jazz.
Interprète de ses propres chansons, certes, ou d’airs issus d’autres sphères (la pop, et elle a interprété
Smokey Robinson, tout de même) tout à fait, mais jamais enfermée dans le cénacle convenu, et confortable, du jazz. On ne le lui a jamais pardonné, ce qui n’est pas très grave, mais elle saisit l’occasion (par les cheveux, l’occasion) de remettre les pendules du chant pertinent à l’heure.
A sa manière, puisque
The Cole Porter Mix (quelque chose comme son dixième album, après un travail consacré au
x Métamorphoses d’Ovide) n’est pas exclusivement constitué de partitions du maître de la chanson américaine. Certes,
«What Is This Thing Called Love », un
« C’est magnifique » battant le rappel de la mémoire de
Maurice Chevalier (en extrait de la comédie musicale
Can-Can, en son temps célébrée par les Pointer Sisters),
« I Get a Kick On You » (d’une sensualité à carré rose), ou le sublime
«Miss Otis Regrets » (tant s’y sont cassé la voix, que c’est une jubilation de l’entendre tourner sa copie de l’une des plus belles ballades au monde de si brillante manière), répondent naturellement présentes à l’appel.
Mais la chanteuse s’est également autorisée à composer une poignée de pièces (enroulée dans le saxophone sensuel de Chris Potter) sinon à la manière de, du moins dans la sensibilité de
Cole Porter. Respect des acquis de la tradition, et souci de créativité, et d’indépendance :
Patricia Barber s’impose définitivement comme une grande chanteuse. De jazz, et de tout ce que vous voudrez d’autre.
Christian Larrède