C'est en 1959, dans une Algérie qui n'était encore française que pour quelques années, que le jeune Maurice Benguigui voit le jour, au sein d'une famille d'enseignants de Tlemcen. Très vite, cependant, les événements algériens obligent les Benguigui à regagner la métropole et à s'installer à Argenteuil, en région parisienne.
Lors de sa scolarité, qui se révélera brillante, le jeune Maurice, qui a tendance à se faire déjà surnommer « Patrick » , découvre les idoles de son époque: Brassens, Brel, Sardou, mais aussi les vedettes internationales que sont les Rolling Stones, Deep Purple ou Led Zeppelin. Cependant, et bien que grattant régulièrement sa guitare en reprenant des airs de Brassens, c'est davantage une carrière théâtrale qui intéresse alors le jeune homme. Mais les cours d'art dramatique classique ne lui plaisent guère et, une fois son baccalauréat en poche, il se décide à apprendre la comédie sur le terrain, en devenant animateur au Club Med.
Après quelques années d'apprentissage au contact d'un public de vacanciers, Patrick, devenu Bruel, passe un casting organisé par Alexandre Arcady et décroche, aux côtés de Roger Hanin et Marthe Villalonga, l'un des rôles principaux du Coup de sirocco, film narrant les déboires d'une famille de réfugiés pied-noirs découvrant la métropole et, au final, relativement proche de sa propre histoire. Le film est un succès populaire et le visage de Patrick Bruel devient familier aux yeux du public. Lui, s'il tourne dans quelques téléfilms et donnera à une occasion la réplique à Jean Richard dans un épisode du Commissaire Maigret, se consacre davantage au théâtre et commence à envisager en parallèle une carrière dans la chanson.
Un premier single, « Vide », sort en 1982 et son succès auprès du public est bien résumé par son titre. Si ses débuts musicaux sont timides, sa carrière au cinéma, en revanche, est bien remplie à l'aube des années 80: si le très dispensable Les Diplômés du dernier rang, de Christian Gion, avec Henry Guybet, Marie Laforêt et Michel Galabru, remporte un certain succès populaire en dépit de ses gags bas du front, c'est surtout sa deuxième collaboration avec Arcady, Le Grand carnaval, qui fait de lui une vedette en devenir.
En 1984, Patrick pousse à nouveau la chansonnette avec « Marre de cette nana-là » qui s'écoule bien même si l'artiste avoue rétrospectivement que cette chanson lui fout un peu la honte aujourd'hui. P.R.O.F.S, de Patrick Schulman, en 1985 est une nouvelle occasion pour Bruel de prouver ses capacités d'acteur, aux côtés de Fabrice Luchini et Charlotte Julian. Son rôle de gentil enseignant idéaliste lui vaut l'estime de la critique mais l'enferme un peu dans des rôles un peu stéréotypés de « grand copain sympa », image qu'il essayera de casser par la suite en interprétant des rôles plus « durs » dans Champagne amer, Attention bandits ! (dont il compose également la bande-son), La Maison assassinée ou, bien entendu, le polar urbain L'Union sacrée, toujours réalisé par Arcady.
Parallèlement à sa carrière ciné, Patrick Bruel continue d'arpenter les sentiers de la chanson. En 1986, son premier album, De Face est un succès qui lui permet d'accéder à l'Olympia, tout en confirmant cependant son statut de chanteur de bluettes gentillettes pour adolescents. « Tout le monde peut s'tromper », « J'ai l'béguin pour elle » ou « J'roule vers toi » sont autant de titres forts sympathiques, mais vite oubliés.
C'est surtout en 1989, avec Alors Regarde que Patrick Bruel va réellement devenir un artiste qui compte dans la variété française: « Alors regarde », « J'te l'dis quand même », « Place des Grands Hommes » et bien entendu le fameux « Casser la voix » sont autant de cartons qui imposent le chanteur au sommet des classements. C'est la grande époque de la Bruelmania, des concerts géants avec briquets allumés et fans en délire hurlant le prénom de leur idole avec frénésie. « Patriiiiiiiiiiiiiiick » est désormais plus qu'une vedette, c'est une star, quitte à ce que le retour de bâton soit féroce. Les caricaturistes se déchaînent, il fait son entrée aux Guignols de l'Info comme à Sept sur Sept, et même les Inconnus, via le sketch consacré au chanteur engagé Florian Brunel (qui parodie également Florent Pagny) lui taillent un costard sur mesure et transforment son « Casser la voix » en « Casser les c… ».
Patrick Sébastien parodiera également cette chanson sous les traits d'un Jean-Marie Le Pen entonnant « Casser du noir », ce qui vaudra l'éviction de l'animateur de la télévision pendant quelques temps.