Le deuxième album de
Percy Sledge n’a, certes, pas suscité le même enthousiasme proche de l’hystérie que son prédécesseur. Mais, après tout, on ne chante pas pour l’éternité (
« When a Man Loves a Woman ») tous les jours… Pourtant,
Warm & Tender Soul a plus que ses bons moments.
Tout d’abord grâce aux deux singles, ces
« Warm and Tender Love » et
« It Tears Me Up » (signés respectivement
Spooner Oldham et Dan Penn), coquettement indexés sur les recettes du triomphe du glorieux prédécesseur (voix déchirée, orchestration en apesanteur). Les deux chansons seront par ailleurs deux nouveaux hits, preuve s’il en est besoin que les adolescents de la planète redemandaient de ces atmosphères moites de corps à corps.
Et comme si cela ne suffisait pas, on a droit à une version pleine d’audace d’un
« Love Me Tender » emprunté au répertoire d’
Elvis Presley et à quelques autres standards absolus, de la plume de références du genre, comme
Joe Tex,
Smokey Robinson,
Jerry Butler et
Don Covay. Au milieu de cet aréopage,
Percy Sledge accomplit ce qu’il maîtrise au mieux : interpréter avec puissance, distinction et sentiment des chefs d’œuvre.
Le chanteur parvient en effet à la troublante synthèse entre la sophistication d’un pathos urbain, d’une sensualité qui commence alors à s’exprimer dans les rues des villes et l’âpreté des racines sudistes de la soul music, dans ce qu’il faut bien considérer comme un grand album.
Warm & Tender Soul atteint la neuvième position des classements de vente de disques de musique noire. Quant à
« It Tears Me Up » et
« Warm and Tender Love », ils parviennent tous deux au Top 10 du classement de musique noire et au Top 20 des ventes pop.
Christian Larrède