Mais reprenons au début. Pour former un duo, il faut d’abord une rencontre et un nom. Pour les Pet Shop Boys, la première a lieu le 19 août 1981 dans un magasin de matériel hi-fi de Kings Road, à Londres. Neil Tennant et Chris Lowe réalisent qu’ils sont tous les deux des passionnés de musique de danse. Quant à l’appellation, elle leur vient d’un ami qui travaille dans une animalerie. « On trouvait que ça sonnait comme un groupe de rap » expliqueront-ils.
Tennant est alors chargé d’angliciser des textes américains chez l’éditeur de bandes dessinées Marvel. Il a grandi près de Newcastle, dans le culte de la musique pop. Lowe est lui étudiant en architecture. Ses premières années ont eu pour cadre Blackpool, station balnéaire aux multiples casinos qui a vu ses débuts de pianiste dans un groupe de bal. Entre les deux, la répartition des tâches se fait naturellement. Tennant, qui deviendra le porte-parole médiatique, chante et écrit les textes. Lowe le discret, qu’on verra souvent caché derrière des lunettes de soleil ou sous une casquette, s’occupe des claviers. La carrière du duo démarre vraiment en août 1983. Le chanteur, qui est devenu collaborateur du magazine musical Smash Hits, se rend à New York pour interviewer The Police. Lors d’un déjeuner, il y rencontre Bobby « O » Orlando, célèbre producteur de disco, qui accepte de s’occuper du groupe. Une première version de « West End Girls » sort en avril 1984. Le titre se vend bien en France et en Belgique, mais passe totalement inaperçu en Grande-Bretagne.
Tennant et Lowe ne se découragent pas. En 1985 est publié le grinçant et ironique « Opportunities (Let’s make lots of money ) », et surtout une nouvelle version de « West End Girls », produite par Stephen Hague. Mélange de rap typiquement anglais et de chant aérien, sur fond de ligne de basse au synthétiseur, le single se classe numéro 1 en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. C’est le premier d’une longue série de 45 tours à succès. « It’s a Sin » et ses éclairs de synthétiseurs occupent ainsi la tête des charts anglais durant trois semaines, donnant l’occasion à Tennant de régler ses comptes avec son éducation catholique. Autre titre remarquable, « Rent » propose une mélodie innocente, mais des paroles bien plus perverses et subtiles sur l’amour rémunéré (« I love you, you pay my rent »).
Durant cette période faste, les Pet Shop Boys enregistrent également une reprise luxuriante d’« Always On My Mind », à l’occasion d’une émission TV pour le dixième anniversaire du décès d’Elvis Presley, et un duo (« What have I done to deserve this ? ») avec la chanteuse préférée de Tennant, Dusty Springfield. Les trois albums du groupe, Please (1986), Actually (1987) et Introspective (1988), sont alors plus des compilations de 45 tours que des œuvres à part entière.
En 1989, pour sa première tournée, le duo voit les choses en grand : un ambitieux spectacle théâtral est mis en scène par le vidéaste Derek Jarman à grand renfort de costumes extravagants, vidéos et danseurs. Il produit également la même année un disque de Liza Minnelli. Enfin, Tennant participe un temps au « supergroupe » Electronic, en compagnie de l’ex-Smiths Johnny Marr et du chanteur de New Order, Bernard Summer.
Les « eighties » ont été la décennie des simples, les années 1990 seront celle des albums. Sur Behavior (1990), incontestable chef d’œuvre du groupe, les rythmes ralentissent, les beats s’adoucissent et les textes deviennent plus personnels. La collaboration de Johnny Marr à la guitare sur deux chansons n’est certainement pas anodine. Les Pet Shop Boys, sans déserter les pistes danses, s’invitent désormais aussi dans les salons et les chambres.
Après un single œcuménique, précurseur des actuels bootlegs, mélangeant « Where The Streets Have No Name » de U2 et « Can’t Take My Eyes Off You » de Frankie Valli, le groupe sort en 1993 Very. L’album, une nouvelle réussite, est nettement plus dansant que Behavior, mais contient sa part d’obscurité. Même le hit « Go West », reprise d’une chanson des Village People qui évoque une terre promise gay, est teinté de désillusions, épidémie du Sida oblige.