Vers la fin des années 80, ce skateur passionné (l’un de ses cinq frères est professionnel), né à Virginia Beach le 5/4/1973, rencontre en colonie de vacances un Philippin, aussi discret que lui est extraverti, nommé Chad Hugo. Ils fondent un groupe de rock, The Neptunes. Ces deux obsédés du son sont un jour remarqués dans un concours par la gloire locale, Teddy Riley, qui a son studio à Virginia Beach, à proximité de leur lycée. Riley a créé le New Jack Swing, marqué le son des années 80 et produit Dangerous de Michael Jackson (1991). Il leur offre un contrat et les fait travailler dans l’ombre, dès 1992, avec Wreckx’n Effect, Blackstreet ou SWV. Les Neptunes décrochent les premiers Disques d’or de ce qui va être une longue série.
Ils explosent quand, à la fin des années 90, ils signent quelques tubes comme « Superthug » pour Noreaga et « Nigga Please » pour Ol’ Dirty Bastard. Ils sont encore un secret surtout partagé par les professionnels quand ils lancent leur chanteuse, la pétulante Kelis, pour qui ils écrivent en entier l’album Kaleidoscope. Leur mélange de mélodies imparables, d’un esprit rock frondeur, d’une science rare du beat hip-hop et d’un goût prononcé pour le risque, la créativité et l’invention, devient incontournable.
Tandis que leurs productions trustent les n°1 des charts, ils fondent le groupe N*E*R*D. avec un troisième larron, mais ce mélange de rap et de rock peine à trouver son public, malgré le succès d’estime des chansons « Lap Dance » et « Rock Star ». Pharrell Williams, que l’on voit dans les magazines people frayer avec la jet-set internationale tandis que Chad Hugo reste en famille à Virginia Beach, est de plus en plus présent dans les clips et dans les chansons qu’il produit, comme dans le « Beautiful » de Snoop Dogg, tiré de Paid tha Cost to Be tha Boss. Le rappeur donne d'ailleurs à Williams une nouvelle dimension avec R&G, disque produit en majorité par le duo, qui donne également le premier single n°1 aux Etats-Unis à Snoop Dogg depuis ses débuts en 1993, avec le révolutionnaire « Drop It Like It’s Hot », un morceau dont le dépouillement extrême est d’une redoutable efficacité.
La première moitié des années 2000 est sans conteste l’ère Pharrell Williams. En brisant les codes et les carcans musicaux, il a réussi à passionner le grand public, qui achète en masse les disques qu’il produit, tout en bluffant les professionnels, critiques et artistes, avec son talent inné pour créer des nouvelles sonorités, à la fois avant-gardistes et populaires.