Polly Jean Harvey voit le jour le 9 octobre 1969 à Yeovil, dans le Somerset, et grandit dans le Dorset, une région rurale de l’Angleterre. Ses parents exploitent une carrière de marbre et vivent dans une ferme, où ils font l’élevage des moutons. A l’occasion, cette ferme se transforme en auberge où, en vrais hippies fans de musique rock, les Harvey offrent gratuitement le gîte et le couvert aux artistes de passage : c’est ainsi qu’un soir, Polly Jean, âgée de trois ans, reçoit une leçon de batterie assise sur les genoux de Charlie Watts en personne !
Du soir au matin, la famille passe des disques et l’enfance de Polly est ainsi baignée par la musique des Rolling Stones, de
Bob Dylan, de
Jimi Hendrix et de
Captain Beefheart, mais aussi par celle des chanteurs de blues comme
Robert Johnson, Howlin’
Wolf ou
John Lee Hooker. Dans son adolescence, Polly suivra un peu plus la mode en vigueur chez les jeunes filles de son âge et se mettra à des artistes comme les
Pixies,
The Police,
U2, voire même
Duran Duran ou Spandau Ballet !
Désireuse de faire à son tour de la musique, elle étudie pendant huit ans le saxophone et contribue à beaucoup de groupes locaux, dont
Automatic Dlamini, un combo dirigé par le guitariste et producteur
John Parish, qui deviendra son mentor, lui apprenant la guitare et l’aidant à faire ses premiers pas sur scène. A sa majorité, elle s’installe à Londres pour étudier la sculpture, une discipline que pratique déjà sa mère.
Trop pureEn janvier 1991, elle est prête pour le grand plongeon et forme son propre groupe, un trio appelé
PJ Harvey, avec
Rob Ellis (ancien batteur d’Automatic Dlamini) et le bassiste Steven Vaughan. Au sein de la formation, Polly chante, joue de la guitare (une vieille Gretsch qui paraît toujours démesurée dans ses bras) et elle écrit le matériel. Le groupe publie deux singles,
« Dress » et
« Sheela-Na-Gig », sur le label indépendant Too Pure : sur des riffs simples et une rythmique très punk, Polly y chante des textes crus, où elle évoque sans détours les affres de la condition féminine et la sexualité, une belle audace dans la prude Albion. Les réactions étant très élogieuses et les ventes encourageantes, le label Too Pure permet au trio d’enregistrer un album,
Dry (un des meilleurs disques de l’année 1992) où on retrouve les deux singles et des compositions originales.
Ce sera un succès critique et Polly se retrouve très vite sous le feu des projecteurs, les performances-coups de poing qu’elle donne sur scène (parfois toute seule à la guitare et vêtue d’une veste en léopard et d’un boa rose) faisant grand bruit. C’est là que, mise à la une du
New Musical Express, elle créé le scandale en posant nue pour les photographes, couverte d’un simple sac en plastique transparent : c’est en fait plus sa silhouette squelettique que sa nudité elle-même qui choquent. Par ce biais, elle exhibe ses fêlures et sa difficulté à s’accepter comme femme adulte, faisant preuve de la même sincérité (pour ne pas dire impudeur) que dans ses chansons.
Courtisée par toutes les majors, elle quitte Too Pure pour signer chez Island Records et
PJ Harvey cesse peu à peu d’être un groupe pour devenir son nom de scène. Sur la BBC,
John Peel la porte aux nues et en fait comme
The Fall ou
The Undertones une de ses artistes fétiches, qu’il invite souvent dans son studio pour des séances live, transformant chacune de ses sorties d’album en un événement (un CD officiel de ses
Peel Sessions a d’ailleurs été commercialisé quelques mois après la mort de Peel).
Island lui accorde un budget pour son album
Rid Of Me (1993), l’Américain
Steve Albini étant choisi pour le produire. Archétypique du disque volontairement lo-fi,
Rid Of Me renferme certains de ses classiques, comme le violent
« Snake » ou le morceau-titre, un de ses morceaux de bravoure en live. Sur
« Legs » ou
« Rub ‘Til It Bleeds », ce petit brin de fille aux allures de garçon manqué et à la voix très souple parle à nouveau de sexe comme probablement aucune chanteuse ne l’avait fait jusqu’alors en Angleterre. On la compare alors de plus en plus à
Patti Smith, ce qu’elle récuse, n’ayant jamais vraiment été fan de celle-ci.