ChebRachid Taha est né à Sig (ville célèbre pour ses oliveraies), près d’Oran, en Algérie occidentale, le 18 septembre 1958. Traumatisé par la guerre d’indépendance, et peu satisfait des nouvelles orientations politiques du pays, le père de Rachid se résout à l’exil. La famille s’installe en Alsace, puis rallie les Vosges, et le village lorrain de Lépanges-sur-Vologne (rendu célèbre dans les années 80 par l’affaire Grégory). Placé par sa famille – qui y voit l’une des clés de la réussite sociale - dans une institution catholique, c’est à l’âge de vingt ans que Rachid acquiert son indépendance, pour devenir représentant de commerce, et vendre au porte à porte des romans français. Cette expérience tourne court, et il retrouve sa famille, depuis peu installée à Lyon.
Dès cette fin d’adolescence, et malgré la montée des tensions racistes qui accablent alors la société française, le jeune homme refuse de s’abriter au sein de sa propre communauté, préférant le péril de l’ouverture, à la fausse sérénité du ghetto. Ainsi, il découvre le travail en usine (où il monte des radiateurs), et plus gratifiant, toutes les musiques du monde : de Led Zeppelin à Oum Kalsoum, Taha se nourrit de l’ensemble des émotions musicales qui passent à sa portée.
Voilà Taha
C’est en pleine tournée en Allemagne (1989) que Carte de séjour se sépare : le groupe ne fait là que transcrire la profonde crise d’identité qui accable à l’époque l’ensemble de ses collègues. Taha part aux Etats-Unis, où il participe à un projet, avorté, avec Don Was (du groupe Was Not Was). Les pérégrinations du chanteur le ramènent alors à ses origines, et c’est à Oran qu’il prépare son premier album en nom propre (Barbès). Titre inopportun (auquel s’adjoint la chanson « Le Bled »), puisque, sorti au déclenchement de la guerre du Golfe, il vaut à l’album d’être l’objet de l’ostracisme des stations de radios.
En 1993, Taha retrouve Hillage pour un deuxième album, simplement éponyme, emmené par l’extraordinaire « Voilà Voilà » : le rythme très dansant en fait un favori des clubs anglais, et le texte, citoyen et clairement anti-Le Pen, décrypte sans ambiguïté les travers du racisme. Hymne national à la différence, « Voilà, Voilà » offre un équilibre rare entre danse et réflexion. A noter également « Indie », duo avec Bruno Maman, et « Ya Rayah », ballade qui bénéficiera d’un nouvel enregistrement quelques années plus tard, pour le compte de l’album Diwan… et qui est devenue, depuis, l’hymne de la jeunesse de Beyrouth.
On ne change pas une équipe qui convainc : en 1995, le tandem Taha/Hillage édite le plus electro Olé Olé : entraîné par une phénoménale photo de recto de livret faisant figurer un Taha blond peroxydé, et les yeux bleus, le disque ouvre encore davantage, si possible, les chants/champs musicaux de l’artiste : de la Louisiane au Mexique en passant l’Arabie et la techno new-yorkaise, Taha a manifestement choisi de ne pas choisir. Il part également en guerre contre le chômage, et ironise sur la devise de la République Française, figurant au frontispice de toutes les mairies, puis adresse un amical salut à Quentin Tarantino dans « Jungle Fiction ». Olé Olé peut en fait laisser penser à un virage définitif vers l’electro : on a tort.
Retour vers le futur
1997 est utilisé comme un résumé de chapitres précédents, avec l’édition de son premier « best of », le double CD Carte Blanche. Une certaine boucle est bouclée en 1998, avec Diwan, album de reprises (« mon équivalent à l’album Rock ‘N’ Roll de John Lennon ») de classiques chaâbi (musique citadine algérienne), de standards du groupe Nass El Ghiwane (de Casablanca, et engagés, ils ont été surnommés les Rolling Stones de l’Afrique) ou de Farid El Atrache (libanais, maître du oud). Steve Hillage est de nouveau aux manettes.
Et c’est encore lui qui endossera la défroque de directeur artistique du show de Bercy 1, 2, 3 Soleil (en décalque du plus classique concert des Trois Ténors), où, en 1998, Taha, en compagnie de Faudel et Khaled, se produira devant près de 20.000 personnes. L’événement, historique, fera naturellement l’objet d’une sortie d’album, comprenant entre autres une version en trio du « Comme d’habitude » de Claude françois. Cette année-là sera par ailleurs celle des concerts, aux Etats-Unis, puis dans une gigantesque tournée française, au Québec, et enfin aux Francofolies de La Rochelle.