L'histoire d'un groupe qui a changé la vision d'un genre musical pour toute une génération n'est pas forcément teintée de mystère et de mythes. La constitution du groupe le plus emblématique de la fusion rap/metal a été des plus banales. Devant le parcours escarpé et contestataire du groupe, on aurait imaginé la genèse de
Rage Against The Machine comme atypique et intrigante. Mais c'est, comme pour beaucoup, sur les bancs de l'école, alors terrain de jeu de
Zack de la Rocha et
Tim Commerford, respectivement futurs chanteur et bassiste, que le groupe se forme.
Tom Morello, guitariste depuis ses plus jeunes années, jouait dans de petits groupes de l'Illinois avant d'émigrer à Los Angeles qu'il considérait comme propice à la constitution d'un groupe de rock. Là, il rencontre
Zack de la Rocha qui déversait ses flows dans un club de la ville. Tout de suite touché par les textes du chanteur, il l'aborde et ensemble prennent la décision de monter un groupe. L'arrivée de
Brad Wilk se fit tout simplement par réponse à une annonce que
Tom Morello avait déposée mentionnant la recherche d'un batteur. Le groupe était constitué.
Véritable essence du groupe, le live est déjà dans la tête des quatre jeunes musiciens. Ils commencent à jouer avant même d'avoir enregistré leur première maquette. Devant le succès rencontré, ils décident de sortir une première démo enregistrée par leurs soins. Cette galette leur ouvre la voie de scènes plus importantes mais également l'opportunité de signer un contrat avec Epic Records (filiale de Sony BMG) pour la sortie de leur premier album éponyme. Déjà engagé politiquement le groupe jouera pour de nobles causes (soutien à Mumia Abu-Jamal, Leonard Peltier, participation au Rock for Choice…). L'engagement politique du groupe s'est parfois retrouvé au centre d'une médiatisation importante. Ils ont notamment été censurés lors de l’émission US Saturday Night Live pour « non respect du drapeau américain ». Le tournage de leur clip
« Sleep Now in the Fire » en 2000 devant Wall Street a quant à lui obligé la place boursière à fermer ses portes, ce qui n'était plus arrivé depuis le Jeudi Noir de 1929. Loin de se dire que l'engagement politique puisse être un frein à leur développement, les
Rage Against The Machine (RATM) se servent du groupe comme vecteur de leurs idéaux. C'est ce qui fait le succès du groupe mais aussi ce qui est à l'origine de ses controverses.
La sortie de leur premier album en 1992 est un véritable succès. Le groupe campe au Billboard (classement des 200 disques les plus vendus) durant plus de 89 semaines. Cette première véritable production compte dans sa tracklist le titre
« Freedom » qui assoira la notoriété du groupe grâce notamment à l'esprit militant de son clip. En soutien à Leonard Peltier, militant amérindien, la vidéo retrace l'histoire de celui qui a été arrêté pour le meurtre de deux agents du FBI et qui est considéré par beaucoup comme victime d'une manipulation judiciaire. En Europe, c'est le titre
« Killing in the Name » qui révèle le groupe au grand public. Le succès est phénoménal pour une formation détonante qui officie dans un genre plutôt méconnu sur le vieux continent, le mariage de l'instrumentation metal et de la scansion rap.
En 1995, le groupe fait une première pause. Continuellement en tournée depuis près de 3 ans, chacun ressent le besoin de souffler avant de se lancer dans l'enregistrement du deuxième album. Après quelques mois, ils se remettent au travail et enregistrent
Evil Empire qui achèvera de consacrer le groupe comme un incontournable d'une scène metal en pleine explosion. Le nouvel album leur ouvre les portes des plus grands festivals mondiaux à l'image du Big Day Out en Australie en 1996 qui resta gravés dans leur mémoire tant l'accueil du public les a impressionné. Se plaçant en tête du Billboard,
Evil Empire démontre qu'un groupe résolument engagé peut parvenir à faire entendre sa voix et à séduire un large auditoire et ce, malgré toutes les mises en garde.
Avant une deuxième pause en 1997, les RATM ont créé la sensation en partageant l'affiche d'une tournée commune avec le
Wu-Tang Clan dans les grands festivals itinérant américains. C'est à la suite de cette série de concert que sort le premier témoignage vidéo du groupe (réédité plus tard en DVD) où sont retracées les premières années de carrière du groupe grâce à des extraits live et à la diffusion de leurs clips souvent censurés. Pendant quelques années, les divers membres de RATM vont se tourner vers des collaborations personnelles avec des artistes de renoms (Snoop Dog,
Prodigy, Cypress Hill…) et apparaîtront sur des bandes originales de films à succès tels que
Godzilla,
The Crow ou encore
Higher Learning et
Matrix.