Les trois premiers albums de
Regina Spektor (
11/11,
Songs et
Soviet Kitsch) alliaient paroles fortes, mélodies instantanées et lyrisme enchanteur, douceur, force et personnalité. En un mot, ces disques restent des incontournables que tout amateur de
songwriting se doit d’avoir écouté. Si
Begin to Hope marque la fin la formule piano-voix qui avait fait la renommée et la particularité de ses premiers albums, il ne dépare nullement en terme de qualité.
Begin to Hope se signale par de nouveaux arrangements plus lourds, une palette plus éclectique, entre pop-punk et rock, et de nouveaux instruments qui font leur apparition autour du piano. La production de cet opus par une grande maison de disques (Sire Records) n’y est pas étrangère. Le registre « anti-folk » qui lui avait été collé dès ses débuts est à ranger définitivement aux oubliettes.
« Fidelity » et
« Better » sont les deux titres forts en ouverture de l’album.
Regina Spektor se met à nu encore une fois, en nous narrant sa vie amoureuse pas toujours rose (« I never loved nobody fully, always one step on the ground »). Tristesse, chagrin d’amour demeurent ses sujets de prédilection. Suit
« On the Radio », une mélodie légère et rythmée qui accompagne des paroles mélancoliques. Encore une belle démonstration de son talent, tant d'écriture que d'interprétation : « This is how it works, you're young until you're not, you love until you don't, you try until you can't, you laugh until you cry, you cry until you laugh, and everyone must breathe until their dying breath ».
« That Time », titre plus rock, et
« Edit », sur un rythme ragga, sont des exemples de cette nouveauté qui combine différents genres.
« Hotel Song » est la seule chanson un peu gaie de l’album. Sur la chanson
« Lady », le saxophone rejoint le piano qui accompagne la chanteuse et c’est un univers à la fois riche, sensible, triste et émouvant qui s’en dégage. Une ovation toute particulière pour
« Après moi », magnifique chanson interprété en anglais, en russe avec une phrase en français (« Après moi, le déluge »). Le piano impose son rythme, fort puis lent au service de Regina dont l’interprétation nous laisse sans voix.
Malgré les critiques qui considèrent
Begin to Hope comme le moins bon et plus commercial de ses albums,
Regina Spektor s’impose auprès des plus grands comme un songwriter féminin doué.
Jamila Wahid