Chanteur à textes dégagés et amuseur public, Richard Gotainer, ex-publicitaire reconverti dans le show-business, a toujours été un personnage à part dans le paysage musical. Ce zazou myope a su créer un univers musical multicolore et festif qu’il ne partage guère qu’avec un autre grand rigolo (qu’il admire par ailleurs) : le dessinateur Marcel Gotlib. Auteur du « Sampa », de « Trois vieux papis » ou « Le Mambo du décalco » mais aussi de slogans publicitaires ayant marqué une génération (« Buvez, éliminez », « Miam, miam, sirop Pam-Pam »), Richard Gotainer a réédité tous ses tubes et albums au sein d’une unique anthologie embrassant l’ensemble de sa carrière, ainsi que des inédits jamais convertis au format CD jusqu’à présent (2008).
Né à Paris en 1948, Richard Gotainer n’a jamais réellement songé à un éventuel plan de carrière. Ses premières armes d’amuseur public, c’est en classe et chez les scouts qu’il les fait. Adolescent, il se trouve un complice en la personne de Jacky Jackubowicz (futur Enfant du Rock et animateur de Récré A2, du Jacky Show et du Club Dorothée), alors en séjour dans la même colonie de vacances que lui.
A eux deux, les deux ados font les quatre cent coups, commencent à écrire et à jouer quelques sketchs et à enregistrer des parodies de chansons et de publicités de l’époque sur leur magnétophone. Envisageant une carrière dans le spectacle, ils font la tournée des salles et des cabarets, mais se font jeter de partout.
Fils de pub
Inscrit en Faculté de droit, Richard Gotainer s’ennuie sur les bancs de l’Université et abandonne très vite ses études. Vivant de petits boulots (garçon de café, photographe, pigiste, démonstrateur...), il se retrouve par hasard engagé comme enseignant, chargé d’expliquer les mécanismes publicitaires à ses élèves. N’ayant pas réellement d’expérience dans ce domaine, il se découvre cependant des affinités avec le monde de la réclame. C’est au sein de l’agence J. Walter Thompson qu’il fait ses premiers pas en tant que concepteur-rédacteur. Pas très intéressé par l’aspect « marketing » de son métier, c’est surtout la création pure qui le motive. Mais l’expérience ne dure qu’un an, car ses slogans, pour originaux qu’ils sont, ne trouvent pas preneur.
Renvoyé en 1974, il fonde avec Jacques Gaudillat, son ancien directeur de création chez Thompson, sa propre agence, Gatkess Production, spécialisée dans la conception de jingles et de slogans sonores. Les premiers temps sont difficiles, mais finalement, l’univers très particulier du duo trouve ses premiers amateurs et bientôt plusieurs grandes marques viennent sonner à la porte de Gatkess pour acheter les services de Richard Gotainer. Eram, Phildar, Saupiquet, Garbit, Lee Cooper et Banga sont quelques-unes des marques dont les jingles publicitaires ont marqué les années 1970 et 80 et dont Richard Gotainer est l’auteur.
Porté sur la rime, le clin d’œil et le vocabulaire faussement enfantin, Richard Gotainer accouche de quelques belles accroches, parfois imitées, rarement égalées. « Y’a des fruits, y’a de l’eau », « On se lève tous pour Danette », « Saupiquet, Saupiquet », « Buvez, éliminez » ou « Miam-miam, sirop Pam-Pam » préfigurent l’univers musical dans lequel évoluera ensuite Richard Gotainer : des rythmiques guillerettes, des paroles joyeuses et surtout une bonne humeur contagieuse. Ne prenant pas vraiment la pub au sérieux, il se concentre surtout sur la musique et les textes aux côtés du musicien Claude Engel, qu’il rencontre en 1976 et qu’il ne quittera plus, en faisant son compositeur attitré.
Le chanteur zazou
En 1976, l’attrait pour la chanson est le plus fort et Richard Gotainer décide de se lancer avec un premier 45-tours : « Le Moustique », bientôt suivi par un album, Le Forgeur de Tempos, inspiré d’un album de Marcel Gotlib. Le public découvre cet étrange binoclard chantant aux textes plein de fantaisie comme « Too moo » ou « L’empereur du flipper ». Contes de Traviole, en 1979, confirme le potentiel de sympathie que le personnage est capable de susciter auprès d’un public nombreux qui apprécie les morceaux guillerets (« Polochon blues » ou surtout « Tout foufou ») de l’ex-publicitaire.
C’est grâce Coluche, qui apprécie son travail, que Richard Gotainer monte pour la première fois sur scène, au Café de la Gare avant que les sollicitations, de plus en plus nombreuses, des organisateurs de spectacles, ne le mènent à l’Olympia, lorsque Eddy Mitchell lui propose d’assurer sa première partie.