Dès la première chanson, l'épatant
« Cigarettes and Chocolate » (une des plus connues dans le répertoire de Wainwright et dont une deuxième version, aux accents « jungle », figure ici en dernière plage), on remarque à nouveau cette voix traînante, presque paresseuse, et où émerge une petite pointe d'accent canadien : elle pourrait sembler rebutante mais quoi qu'on en pense, elle est très sonore, résolument unique et immédiatement identifiable. C'est sans doute à cela qu'on reconnaît les grands.
Pour ce deuxième album (paru trois ans après le premier et qui était très attendu au tournant),
Rufus Wainwright a opté pour davantage de simplicité et recourt moins aux arrangements de cordes et aux grosses formations. Certains des musiciens sont les mêmes que sur le premier album homonyme, mais parmi les nouveaux venus, on trouve des gens de la génération du chanteur, comme
Teddy Thompson (à la guitare, fils du grand Richard Thompson) ou
Melissa Auf Der Maur (ex-bassiste de Hole et des Smashing Pumpkins), qui sont sans doute plus à leur place ici.
On remarque quand même bien un violon chinois sur
« Greek Song », mais il y a aussi une boîte à rythmes très
cheap sur
« The Tower of Learning » ou juste un piano sur l'émouvant
« In a Graveyard ». Peut-être par provoc', Rufus se risque aussi à reprendre une chanson de son père au titre plus qu'explicite,
« One Man Guy », ou à mettre des morceaux plus « rock », comme
« California » ou
« Shadows », ce dernier co-écrit par son copain Alex Gifford : paradoxalement, c'est là qu'il convainc le moins, mais il en devient presque touchant de maladresse, tant il semble vouloir s'attirer les bonnes grâces de ceux qui se méfient encore de lui.
Un peu à part dans la production de son auteur (sans doute une des plus pléthoriques dans le monde de la pop des années 90/2000),
Poses, avec ses qualités mais aussi ses défauts, sonne bien plus comme une oeuvre sincère et assumée que comme une ronflante démonstration de force, ce qui en fait parmi tous les albums de
Rufus Wainwright celui qui a le plus de chances de séduire ses détracteurs. Autant dire que c'est plutôt par lui qu'il faut commencer.
Frédéric Régent