Danielle Ebguy voit le jour le 10 janvier 1950 à Marrakech, alors protectorat français, dans une famille de la haute société séfarade du futur royaume chérifien. Issue d’un milieu particulièrement cultivé, la jeune femme apprend les rudiments du chant et du théâtre, hésitant entre ces deux carrières.
Finalement, elle choisira la première (sans pour autant renier totalement la seconde, d’ailleurs) et monte à Paris, alors capitale coloniale pour y suivre les cours d’Antoine Vitez avant de rejoindre le Petit Conservatoire de Mireille, premier télé-crochet radio-diffusé et indirectement ancêtre de Star Academy.
Si elle paraît en public sous le pseudonyme de Bergamote (une soi-disant chanteuse québécoise au concept oscillant entre le canular et le faux nez), c’est très vite sous l’identité de Sapho (qu’elle tire bien évidemment de la célèbre poétesse de l’île de Lesbos) qu’elle entame réellement sa carrière, marquée par la contre-culture dans un premier temps, signant notamment la bande sonore du film de Françoise Sagan, Les Fougères Bleues.
Devenue intime de « la » Sagan et de ses soirées mondaines, Sapho commence à mettre les pieds dans le domaine de la contre-culture ; elle considère Janis Joplin comme l’aboutissement précocement disparu. Pigiste occasionnelle pour Actuel, le magazine urbain et décalé de Jean-François Bizot, elle part pour un reportage sur la scène punk new-yorkaise en 1977.
Sapho le détour
Revenue transfigurée de la Big Apple, Sapho enregistre un album très rock, Le Balayeur du Rex qui fait très vite d’elle une égérie punk et une habituée des soirées du Palace.
La période qui s’ensuit est plus chaotique car si l’artiste rend hommage à Joplin aux travers de quatre albums, Janis (1980), Le Paris Stupide (1980), Passage d’Enfer (1982) et Barbarie (1984), la nécessité de travailler pour payer le loyer lui fait rejoindre un groupe aussi enragé que ... hem... La Bande à Basile où, grimée en Colombine, elle pose ses deux pieds en canard, car La Chenille démarre.
Heureusement pour sa carrière personnelle, le succès de son premier roman, Douce violence, est l’oxymore salvateur qui lui permet de prendre du champ avec le contexte pouet-pouet de La Bande à Basile et la chanteuse devient alors furieusement tendance tout en conservant un petit côté marginal qui la fait alors rentrer dans le petit cercle des chanteurs post-punk comme Les Rita Mitsouko ou Armande Altaï.
Sous la coupole, un second livre, d’illustrations cette fois, fait d’elle une habituée des rentrées littéraires et Passions passons, un nouvel album sorti en 1985, lui permet de renouer avec le domaine de la chanson.
Marrakchi mariachi
S’éloignant du rock pour adopter un style plus world, Sapho part pour l’Amérique du Sud pour enregistrer El Sol Y La Luna, après que soit sorti son roman Ils préféraient la lune. Une double sortie consacrée au thème de l’astre sélénite qui s’accompagne d’un changement d’orientation.
À l’écriture jusqu’alors un peu trash et connotée urbaine succède un style plus nuancé, plus intimiste et marqué par les sons africains ou sud-américains. La petite punkette du caniveau parisien n’est plus et, désormais, la voix de Sapho est internationale.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si cette époque commence à la voir revenir vers son patrimoine musical d’origine : la musique nord-Africaine. Si elle était d’ores et déjà l’auteur d’un « Marrakech » sur Passions passons, l’album qui suit, La Traversée du Désir montre ses influences orientales via, notamment, l’adaptation en chansons d’« Ala... », un poème de l’auteur palestinien Mahmoud Darwich.
Si le succès est confidentiel, il n’en est pas moins sincère et la Sapho nouvelle, renouant avec ses racines, s’impose comme l’une des meilleures chanteuses de chants typiquement marrakchis.
Vers l’Orient
Après quelques années sabbatiques, Sapho revient sur le devant de la scène nantie d’un look plus sobre et d’un répertoire classique. En 1995, sortent coup sur coup l’album El Atlal/Hommage à Oum Khalsoum et le roman Patio, opéra intime. Souhaitant faire de cet album un symbole de paix au Moyen-Orient, elle organise une session d’enregistrement à Jérusalem avec des musiciens juifs et arabes mais, bien évidemment, ce geste de réconciliation reste un symbole en l’air.
L’année suivante, Jardin Andalou la voit se tourner vers un patrimoine arabo-espagnol pour lequel elle collabore avec l’ancien membre de Malicorne, Hugues de Courson.