Serge Reggiani est né le 2 mai 1922, à Reggio d’Emilia, près de Parme (au nord de l’Italie), d'un père coiffeur et d'une mère ouvrière. Les Reggiani émigrent en France et s'installent le 1er novembre 1930 à Yvetot, puis à Paris. L'enfant, bon élève et sportif, est rapidement pris par le démon du spectacle : il écrit et monte des saynètes avec un ami, et se produit dans les bistrots du quartie du faubourg St Antoiner, offrant poèmes et sketches. Il chante et gagne quelques sous comme figurant aux théâtres Mogador, et du Châtelet.
Le barbier de Belleville
À l’âge de treize ans, il devient apprenti coiffeur. Après lecture d’une petite annonce, il s'inscrit au Conservatoire des Arts Cinématographiques et obtient un premier prix de comédie, en 1938. La même année, il apparaît pour la première fois à l’écran, sans être crédité au générique des Disparus de Saint-Agil de Christian-Jaque. Il passe au Conservatoire National d’Art Dramatique, dont il sort titulaire de deux prix, de comédie et de tragédie, en 1941. Débute alors pour le jeune comédien une carrière régulière au théâtre : il joue dans Le Loup-garou de Roger Vitrac, puis donne ensuite la réplique à Jean Marais dans Britannicus ; après Les Parents terribles, il se sent plus attiré par le cinéma.
En 1943, il tourne Le Carrefour des enfants perdus de Léo Joannon, aux côtés de Raymond Bussières, Gérard Blain et Janine Darcey, avec qui il noue une liaison. Les jeunes comédiens se marient et auront deux enfants, Stephan (chanteur décédé en 1980) et Carine (future membre du Big Bazar de Michel Fugain). Pour l'heure, pendant la guerre et se sentant alors sous la double menace du travail obligatoire en Allemagne et de la conscription italienne, il déserte Paris avec ses proches. Passée la Libération, Reggiani demande et obtient la nationalité française en 1948.
Après avoir partagé l’affiche d’Etoile sans lumière avec Edith Piaf, Reggiani commence à graviter autour d’une famille d’artistes, où l’on retrouve les membres éminents du clan Montand-Signoret : il est en 1946 au générique des Portes de la nuit de Marcel Carné. En 1952, il incarne l’historique Manda, ancien truand et charpentier au grand cœur, dans Casque d’or, de Jacques Becker, aux côtés de Simone Signoret. Avec elle et à cette occasion, il incarne le couple mythique absolu aux yeux de toue une génération. Simone restera son amie toute sa vie, jusqu’à sa disparition en 1985. En 1955, Serge Reggiani et Janine Darcey divorcent.
A partir de 1958, il entame une nouvelle histoire d’amour avec la comédienne Annie Noël. Ils auront ensemble trois enfants : Célia, Simon et Maria. Il s’essaie pour la première fois à la chanson, en interprétant d’une belle voix grave une vingtaine d’œuvrettes pour le compte d’une émission de radio…puis il passe à autre chose, revenant aux premières amours que constituent pour lui théâtre et cinéma. En 1962, il installe sa famille à Mougins. La même année, son nom figure au générique de deux chefs d’œuvre : Le Doulos de Jean-Pierre Melville, où il incarne aux côtés de Jean-Paul Belmondo un truand vengeur, et Le Guépard, saga signée Luchino Visconti.
Valse dingue
Un beau soir de 1963, Serge Reggiani dîne chez Yves Montand et Simone Signoret. A table, un petit homme à l’accent bulgare, fou de jazz, de radio et de chanson. Jacques Canetti, directeur artistique, est de naturel enthousiaste. Le Juif et l’Italien sympathisent, se racontent des histoires d’émigrés, puis de projet en commun : le premier album de Serge Reggiani, conséquence de cette rencontre, est sous les presses en 1965. Un seul auteur alimente le sommaire avec des chansons inédites : Boris Vian. Le disque, fruit de séances d’enregistrement échelonnées sur huit mois, est une révélation dans le petit univers de la chanson française, et remporte tous les suffrages, critiques et commerciaux. Il obtient ainsi le Grand prix de l’Académie Charles-Cros. Reggiani est alors le troisième artiste majeur, après Yves Montand, et Charles Aznavour, à démontrer qu’une chanson a souvent besoin d’un comédien pour exister pleinement.
Malheureusement, pétrifié par le trac, Reggiani ne passe pas l’épreuve de la scène du théâtre Gérard-Philippe de Saint-Denis. Il se console en triomphant avec Les Séquestrés d’Altona, de Jean-Paul Sartre, pour quatre cents vingt représentations.