Le disque a attiré l’oreille de Barbara, qui l’année suivante lui propose d’assurer la première partie de ses récitals sur la scène du théâtre Bobino à Paris, puis en tournée dans toute la France. Ici débute un douloureux contentieux induit avec son fils Stephan, qui tente de son côté de mener carrière dans la chanson. En tout état de cause, Barbara ne se contente pas de mettre le pied à l’étrier à Serge : elle lui fait travailler sa voix, lui apprend les bases de la respiration ventrale, et développer ses qualités de baryton naturel. Reggiani se montre un élève appliqué, travailleur, et doué.
Il enregistre en 1967 un deuxième album, avec un autre texte de Vian (« Le Déserteur ») et d'autres chansons composées pour l’occasion par Louis Bessières et Albert Vidalie. « Les Loups sont entrés dans Paris », évocation de l’occupation allemande, marquera durablement les esprits. Serge Gainsbourg lui offre « Maxim’s », et Jean-Loup Dabadie, qui deviendra l’un de ses paroliers attitrés, « Le Petit garçon ». L’album se vend à plus de 200 000 exemplaires. La même année, Reggiani assiste, en compagnie de Jacques Brel, à un meeting de Pierre Mendès-France. Et, ainsi, ce chanteur de gauche devient un artiste populaire prééminent de la fin du gaullisme. De février à mars 1968, il triomphe sur la scène de Bobino, qui est devenu sa résidence secondaire. Son engagement politique séduit les jeunes générations : les étudiants le réclament même à la Faculté de Médecine de Paris, pour un concert improvisé.
Toujours en 1968, le 28 octobre, Reggiani (qui vient d'intégrer Polydor), enregistre son troisième album Et Puis… : c’est un nouveau succès. « Il suffirait de presque rien » qui passe à la radio, et « La Java des bombes atomiques » (Boris Vian) sont inclus. L’année s’achève en apothéose : le 12 novembre, il participe à la mythique émission Discorama de Denise Glaser. Le 24, il est l’invité principal du non moins célèbre Musicorama d’Europe 1, enregistrée depuis la scène de l’Olympia. Et le 28, il est de nouveau lauréat de l’Académie Charles-Cros. Reggiani se concentre alors sur sa carrière de chanteur, délaissant quelque peu le cinéma. Néanmoins, en 1969, il retrouve Simone Signoret dans L’Armée des ombres, de Jean-Pierre Melville. A partir du 4 février, il investit de nouveau la scène de Bobino, où les représentations sont prolongées de quinze jours. Au mois d’avril, il s’envole pour les Pays-Bas pour recevoir le prestigieux Prix Edison, puis rejoint le Canada, pour une nouvelle tournée. La fin de l’année le voit occuper, plus de trois semaines durant, la scène du cabaret parisien Don Camillo.
Au mois de juin 1970, son quatrième album offre des chansons d’un jeune auteur d’à peine vingt ans, Alain Robin. Son épouse Annie Noël, et son fils Stephan, ont également composé pour lui. En 1971, c’est Michel Legrand qui orchestre la partition des soixante musiciens réquisitionnés pour le nouvel album du Franco-Italien. La chanson « L’Italien », en constitue le sommet nostalgique et autobiographique. En 1972, Le Vieux Couple est le premier album de Reggiani à ne pas recueillir un franc succès populaire. Le titre édité en 45 tours, « Hôtel des voyageurs », connaît toutefois une carrière honorable. En 1973, Serge et Annie Noël se séparent. Le chanteur lie ensuite son existence avec celle de l’actrice Noëlle Adam-Chaplin. Ensuite, le chanteur enregistre coup sur coup trois albums de poèmes, dont deux consacrés à l’œuvre de Jacques Prévert.
En 1974, alors qu’il partage l’affiche de Vincent, François, Paul et les autres avec Michel Piccoli et Yves Montand, il retrouve Dabadie, qui en a écrit le scénario, et devient son ami. Ce dernier lui offre « La Chanson de Paul », inspirée du film. Désormais, on se presse pour lui offrir des chansons : Pierre Tisserand (« L’homme fossile »), Maxime le Forestier, Gérard Bourgeois ou Georges Moustaki contribuent à concocter un répertoire. Du 26 décembre 1974 au 26 janvier 1975, Serge Reggiani, mû par un élan familial, se produit sur la scène de Bobino, puis enregistre en compagnie de son fils Stephan, et de sa fille Carine. L’entreprise est éreintée par la critique. Serge persiste et signe, en éditant au mois d’avril un album conjoint des duos avec son fils, et en l’associant très étroitement à la prestigieuse émission télévisée de Jacques Chancel, Le Grand échiquier.
Les dates ... 2004 (22 Juillet) Décès de Serge Reggiani 2000 Sortie de Enfants, Soyez Meilleurs Que Nous |