On pourra râler tout son saoul contre les « fils de » et autres « neveux de », force est de constater qu'ils ne sont pas forcément les plus mauvais : Sinclair, qui est les deux à la fois (et même « frère de ») tendrait à prouver que ce n'est pas parce qu'on naît avec une cuiller en argent dans la bouche qu'on finit forcément comme Franck Fernandel.
Mathieu Blanc-Francard naît à Tours le 19 juillet 1970. Il est élevé en région parisienne, au sein d'une famille fortement marquée par la musique : son père, Dominique Blanc-Francard, est reconnu comme l'un des meilleurs ingénieurs du son français et travaille également comme producteur ; son oncle, Patrice Blanc-Francard, est un journaliste musical en vue, futur responsable de l'émission de télévision Les Enfants du rock, puis de Disney Channel France. Comme son frère Hubert (futur producteur et DJ), Mathieu baigne dans l'univers du spectacle, se mettant sérieusement à la musique à l'âge de quinze ans, aux dépens de sa scolarité. Le jeune homme délaisse en effet les maths et le français pour la guitare et les claviers, se passionnant notamment pour la musique noire américaine, avec une prédilection pour Stevie Wonder et Jimi Hendrix, puis Sly and the Family Stone et, enfin, Prince.
Prince de la fusion
Pop, soul, funk : les inspirations musicales du jeune Blanc-Francard sont aussi multiples que ses talents : le jeune musicien interprète en effet tous les instruments - sauf la batterie - de son premier album Que Justice Soit Faite !, qu'il enregistre en 1992 dans son appartement, avec l'aide de son frère Hubert (alias Boom Bass). L'album inclut un tube, « Votre image ». Contrôlé quasiment de A jusqu'à Z par son auteur, ce pur travail artisanal sort en 1993 et, grâce à un lancement habilement maîtrisé, rencontre son public ; le nom de scène de Mathieu, devenu Sinclair (ce qui, plus tard, sera sources de confusions avec le musicien Bob Sinclar et le DJ Didier Sinclair : mais ceci est une autre histoire) accède à la notoriété.
En cette première moitié des années 1990, le mélange funk/rock/soul que l'on baptise du nom fourre-tout de « fusion », a le vent en poupe, avec le succès d'artistes polyvalents comme Jamiroquai ou les Red Hot Chili Peppers, dont Sinclair fait figure à sa manière de version française. Avec le déclin relatif de Stevie Wonder et Prince, des places sont à prendre et Sinclair sait à son niveau occuper le créneau. S'entourant d'un groupe de neuf musiciens - baptisé le « Système Sinclair » -, le Français funky donne son premier grand concert au New Morning de Paris, au printemps 1993. Couronnant son succès par une tournée en France et au Canada, Sinclair parachève son lancement en empochant la Victoire de la Musique 1995 de la meilleure révélation masculine. Séduisant et faussement nonchalant, Sinclair plaît par l'inventivité de ses mélodies et son amusante tignasse rousse ; son second album, Au Mépris du Danger, est pour cet hyperactif l'occasion de repartir en tournée, pour une série de 250 concerts.
Supernova funk
Un nouvel album enregistré en 1997, La Bonne Attitude, permet à Sinclair de se tourner vers une inspiration musicale plus typiquement française : les titres « Si c'est bon comme ça » et « L'Epreuve du temps » s'imposent comme des standards. Une tournée en 1998, couronnée par un concert au Zénith de Paris fin novembre et suivie d'un album Live, parachèvent cette nouvelle année hyperactive pour Sinclair, qui doit ensuite affronter une période d'instabilité : les relations avec Virgin, sa maison de disques, se tendent et laissent en suspens son projet de nouvel album.
En 2001, Sinclair passe chez EMI et sort Supernova Superstar, un album au ton très funk enregistré dans le studio familial, qui dépasse les 100 000 exemplaires vendus. Après des prestations dans des clubs, Sinclair se juge suffisamment prêt pour une grande tournée française, qui a lieu durant l'année 2002, avec deux dates à l'Olympia en juillet, qui donnent lieu à un DVD Live à l'Olympia 2002. Sinclair joue lors de la cérémonie des Victoires de la Musique, où le disque est nommé dans la catégorie « Meilleur album de variété-pop de l'année ».