Fondé en 1990 à Grenoble par Erik Monod (dit Riké), Sinsemilia ne cache pas ses origines et ses thèmes de prédilection en prenant pour patronyme le nom scientifique de certains plants de cannabis. Groupe de gentils fumeurs d’herbe qui rend nigaud, le collectif (trois membres au départ, une dizaine très rapidement) fait ses premières armes lors des Fêtes de la Musique et autres festivals où se croisent généralement jongleurs, amateurs de théâtre de rue, autres musiciens de world music roots.
Les inspirations des débuts ne vont guère chercher au-delà des thèmes habituels des chansons reggae : écologie gentillette, apologie des drogues douces, antifascisme, évocation des racines africaines de l’humanité, promotion de la gentillesse et rejet de la méchanceté. Les premières compos de Sinsemilia sont certes festives et rafraîchissantes, mais ne sortent guère des sentiers battus du reggae et le groupe peine à émerger hors des circuits régionaux du Rhône-Alpes, voire de la périphérie grenobloise.
Première récolte
Le style de Sinsemilia peine également à se trouver. Reggae, ska, dub, chanson engagée... le groupe ne sait trop sur quel pied danser et l’apparente anarchie des titres de Première Récolte (1996) confirme ce premier sentiment. Ce premier album de Sinsemilia est cependant remarqué par le public curieux de découvrir ces rastas grenoblois. Bien qu’essentiellement anglophone, Première Récolte rencontre plus qu’un succès d’estime en France, succès qui dépasse d’ailleurs le cadre des amateurs de reggae stricto sensu. Désormais composé de onze membres (Riké, Mike, Natty, Ivan, Roukin, Fabien, Loucos, Carine, Zazz, Child et Moussaya) maniant tant la guitare que le saxo ou les percussions, Sinsemilia prend son envol et parcourt les scènes françaises à la rencontre d’un public qui adhère, de plus en plus nombreux à ce Dub-Ragga venu des Alpes.
L’évolution
Après quelques années de tournées permanentes et de concerts au succès grandissant (où s’imposent de plus en plus les influences du théâtre de rue, faisant de certains morceaux de véritables sketches joués devant le public avec décors et personnages en costumes), Sinsemilia signe chez Double T, qui produit le second album du groupe, Résistances (1998), dont le morceau moteur est une reprise de « La Mauvaise réputation » de Brassens, autour de laquelle se fait la promotion de la galette. Bien qu’influencé par la chanson traditionnelle française, l'album s'ouvre à des rythmiques plus rock qu’auparavant, où l’on peut sentir quelques inspirations piochées du côté de la Mano Negra ou de la scène alternative (« Douanier 007 », « Dans l’camion »...). L’humour un peu potache devient également une des constantes du répertoire des « Sinsé » tant dans leurs textes que lors de leurs prestations sur scène.
Deux ans plus tard, Tout c’qu’on a... vient remettre un coup de barre reggae à un navire qui flirtait un peu avec le ska-punk façon Los Tres Puntos. Plus symphonique et nostalgique ses prédécesseurs, Tout c’qu’on a... permet à Sinsemilia d’explorer de nouveaux horizons musicaux et d’exprimer un certain mal-être global, en dépit de quelques titres franchement festifs comme « Amour, gloire et beauté ».
Un premier album live intitulé fort justement Sinsé part en live est enregistré en 2001 à Grenoble et sort en 2002 pour fêter les dix ans d’existence du groupe. Dix ans, presque l’âge de la maturité pour une formation qui s’est défaite de ses encombrantes litanies adolescentes des débuts sur les bienfaits de la ganja et les revendications sociales un peu naïves pour entrer dans un âge adulte, toujours conscientisé, mais cette fois de manière moins juvénile.
L’âge de la maturité
Dix ans, pour un groupe, c’est long et certains membres de Sinsemilia, sans renier en rien l’appartenance à la bande de Riké, demandent un peu d’air. Si quelques membres quittent définitivement Sinsemila et se voient remplacés, quelques projets personnels occupent les esprits de certains des rastas rhône-alpins, en premier lieu desquels le leader, Riké qui, marchant sur les traces de Jacques Brel et de Georges Brassens compose et enregistre Air Frais, un premier album solo en 2003. Bien que conservant l’esprit reggae (on note même la présence de Tiken Jah Fakoly sur le morceau « Réveillez-vous ! »), Air Frais se veut avant tout un album de chanson française.