Roots revival
Sizzla, ou Sizzla Kalonji, est né Miguel Orlando Collins en 1976 à Annotto Bay en Jamaïque, de parents fervents croyants dans le mouvement rastafari. Il grandit dans une communauté de Kingston et commence la musique dès son adolescence, en tant que chanteur puis DJ au sein du Sound System Caveman Hi-fi. Dans les années 1980, il s’oppose au dancehall reggae, à la violence qu’il véhicule, au profit du roots, et sort de l’anonymat au milieu des années 1990, après avoir tourné en première partie de Luciano et Buju Banton. Son premier album, Burning Up, sort en 1995, mais c’est avec le titre « No White God » (1996), qu’il se fait remarquer, en plein boom du mouvement Roots Revival, après sa signature sur le label Xterminator.
Voie du succès
Bien que Praise Ye Jah, fasse sensation, Sizzla adopte un discours divergent parfois de celui de ses congénères du label Xterminator. Il devient adepte de l’ordre fondé par le rasta Bobo Ashanti et sa pensée se radicalise. Son troisième album Black Woman and Child, sort en 1998. Numéro 1 en Jamaïque, ce disque devient une référence et vaut à Sizzla d’être nommé aux Mobo Awards en 1998, dans la catégorie « Meilleur artiste reggae international ». Hyperproductif, il publie pas moins de trois autres albums en une année et récolte une deuxième nomination aux MOBO Awards en 1999. Les labels se le partagent (Greensleeves, Vp Records …) au point que Sizzla Kalonji peut publier jusqu’à cinq disques chaque année.
Voie glissante et dispersion
Une énergie et une polyvalence qui lui font emprunter des voies autrefois reniées (le discours facile et creux du ragga et reggae dancehall) mais surtout prendre ouvertement des positions déplorables (misogynie et homophobie). Les controverses autour du contenu de son message sont surtout dues à l’attitude hostile du leader reggae envers les médias et l’industrie du disque. Refusant de se justifier, il ne donne pas d’interview, se contentant d’invoquer sa doctrine sur scène.
Contradictions
En 2002, il sent sans doute le vent tourner et opère un retour au roots qui l’a couronné, avec l’album Da Real Thing (2003). Pourtant, Kalonji défraye à nouveau la chronique l’année suivante. Refusant de présenter ses excuses à la communauté homosexuelle, il se voit interdire l’entrée sur le territoire anglais et de nombreuses dates de sa tournée européenne sont annulées, comme Capleton à la même époque. Censuré en Jamaïque, il connaît d'importants démêlés avec la justice. Un flot de déboires qu’il parvient à contenir en 2007, après la signature du Compassionate Act (dans lequel il s’engage à ne plus réprimer les individus en fonction de leur orientation sexuelle) qui remet la tolérance et le respect au centre de sa musique.
Le feu de la scène
Sizzla est avant tout un artiste de scène, sa faconde et son art s’expriment ainsi aux côtés de The Judgment Yard, groupe qui constitue en fait une vraie communauté autour de l’artiste. Ce sont ses shows qui ont valu à Sizzla Kalonji son trône de représentant du reggae engagé et militant. Le feu, son symbole (élément purificateur et salvateur dont il se sert pour prêcher la bonne parole) doit brûler pour élever son discours et sa pensée et non réduire en cendres son combat pour l’unité des peuples.
Crucial Times en 2010 symbolise bien le recentrage de Sizzla sur un discours social. Le mouvement Bobo Ashanti a d'ailleurs bien plus d'importance dans sa recherche d'une société juste et solidaire que dans la propagation de prétendus propos homophobes.
Anne Yven
Les dates ... 2010 (25 Janvier) Sortie : Crucial Times 2008 (Novembre) Sortie de « Black Man In The White House» 2007 Signature du Compassionate Act 2004 Début des controverses autour de ses textes 1998 Sortie de Black Woman And Child |