La révolution de
Sonic Youth est avant tout sonique. À coup de guitares stridentes et d’extrémisme cérébral, ils firent éclater les vieilles conventions rock à l’orée des années 80. Émergeant du mouvement post-punk new-yorkais,
Sonic Youth va prendre la tangente de ses petits camarades de promotion. Prônant une musique strictement électrique, ils ne vont pas rechercher l’expérimentation dans l’ouverture musicale mais plutôt dans un travail de sape autour de l’objet-roi, la guitare. L’instrument, brillamment servi par les deux maîtres d’œuvre que sont
Lee Ranaldo et
Thurston Moore, est trituré, saturé, sali jusqu’à obtenir une véritable esthétique de la dissonance.
En 1977,
Thurston Moore quitte son Connecticut natal pour rejoindre New-York et sa scène punk. Son rêve de travailler avec
Sid Vicious n’aura certes jamais lieu mais dans un magasin de disque, il fait une rencontre pour le moins déterminante : la Californienne
Kim Gordon lui plaît tellement qu’en plus d’une simple union amoureuse, ils décident de monter un groupe de rock. Ils font leur premiers concerts en 1981 au CBGB, accompagnés d’un ami guitariste,
Lee Ranaldo. Le trio prend le nom de
Sonic Youth. C’est la grande période No-Wave à New-York et les jeunes groupes rivalisent d’inventivité pour pousser les limites du punk-rock au seuil de l’audible. C’est ainsi que le
Sonic Youth des débuts se place sous le haut patronage de
Glenn Branca, compositeur de symphonies bruitistes pour guitares. Déjà, le groupe se place dans les avant-gardes artistiques qu’ils ne quitteront jamais.
Le premier vrai album du groupe,
Confusion is sex sort en 1983. C’est
Bob Bert qui y assure le set de batterie. Mais les moyens financiers restent plus que limités. Une tournée et un EP plus tard,
Thurston Moore ambitionne plus. Il envoie donc une démo au label anglais Doublevision qui refuse de produire le groupe. Cependant, c’est ce geste qui fera basculer le destin commercial des New-Yorkais : un des responsables de Doublevision décide de publier quand même leur travail en partant fonder un label
ex nihilo, Blast First Records.
Rough Trade décide alors de s’occuper de leur distribution. C’est dans ces conditions bien meilleures que
Sonic Youth accouche de son deuxième opus en 1985,
Bad Moon Rising. Un album extrêmement noir marqué par l’assassinat de Charles Manson et la politique étrangère de Ronald Reagan.
En 1986, alors que
Steve Shelley s’impose définitivement comme le batteur du groupe,
Sonic Youth réalise son premier grand disque,
Evol, qui affiche un son beaucoup moins radical. Signés dorénavant chez SST, maison de Hüsker Dü, ils commencent à s’imposer comme une des figures de l’underground américain, ce qui promeut
Kim Gordon au rang de sex-symbol.
Sister en 1987 achève de consacrer
Sonic Youth comme un pilier de la contre-culture américaine. Les passages sur les
college radios et les tournées s’enchaînent.
1988 est l’année de leur grand chef d’œuvre, le double-album
Daydream Nation qui est en général celui que la postérité (et les classements rock) ont retenu. S’articulant autour du hit
« Teenage Riot », le disque est comme une synthèse des deux disques précédents. Ce qui fait que beaucoup ont considéré qu’il y avait une véritable trilogie Evol-Sister-Daydream Nation. En réalité, c’est beaucoup dire car
Daydream Nation et deux de ses brillants successeurs
Goo (1990) et
Dirty (1992) forment également une trilogie de l’excellence.
Plus que foisonnante (pas loin d’une vingtaine d’opus à ce jour), la discographie de
Sonic Youth est encore difficilement appréhendable. Mais, de l’avis général, c’est au tournant des années 80 et 90 que le groupe atteint sa quintessence avant de traverser les années 90 tranquillement et néanmoins efficacement. Mis à part quelques accidents de parcours, comme
Goodbye 20th Century (1999),
Sonic Youth se sera toujours attiré les faveurs de la critique. Jim O’Rourke débarque dans le groupe au tournant du siècle et 2002 est la grande année du retour dans les classements de fin d’année avec le rafraîchissant
Murray Street qui sera suivi par un
Sonic Nurse (2004) confirmant un retour en forme indéniable.