Soundgarden se forme en 1984 à Seattle sous l’égide de Chris Cornell, un batteur natif de cette ville pluvieuse du nord-ouest des Etats-Unis. Tout débute avec sa rencontre avec deux musiciens originaires de l’Illinois, fraîchement débarqués à Olympia, non loin de Seattle. C’est d’abord avec le bassiste Hiro Yamamoto, qui devient son colocataire, que le projet prend forme. Les deux musiciens décident de monter un groupe, et sur les conseils de Yamamoto, recrutent un guitariste répondant au nom de Kim Thayil. Soundgarden est né.
Le nom du groupe est inspiré par une sculpture située dans le parc Magnuson Park à Seattle et nommée The Sound Garden, composée de tubes métalliques qui laissent échapper des ondes musicales étranges en réaction au vent. Parallèlement, Bruce Pavitt, un vieil ami de Yamamoto et Thayil venu lui aussi de l’Illinois, monte son fanzine, Subterranean Pop dans la région de Seattle. C’est ce même Bruce Pavitt qui créera très vite le label Sub Pop, et lancera des groupes comme Nirvana, Pearl Jam, Mudhoney, Tad ou encore… Soundgarden.
Entre 1984 et 1985, Soundgarden n’en est encore qu’à ses balbutiements. Chris Cornell compose quelques titres avec Hiro Yamamoto et Kim Thayil, officiant à la batterie et au chant. Pas pratique... Le trio décide alors d’enrôler Scott Sundquist, un batteur local. Le groupe connaît ainsi son premier line-up complet et en studio de répétitions, les quatre musiciens s’essaient à des reprises de heavy metal ou de punk des années 70, en passant par des standards de Led Zeppelin ou de Black Sabbath. La production musicale de Soundgarden reste cependant assez limitée jusqu’en 1986. Ils éditent néanmoins deux titres sur une compilation de groupes locaux (avec les Melvins et Green River) intitulée Deep Six.
Les débuts de la gloire
En 1986, les choses s’accélèrent. Scott Sundquist quitte le groupe et est remplacé par Matt Cameron, démissionnaire des talentueux Skin Yard. Quelques mois plus tard, en 1987, Bruce Pavitt signe Soundgarden sur son très prometteur label indépendant Sub Pop. Sortiront alors le single « Hunted Down », puis deux maxis, Screaming Life (1987) et Fopp (1988). Ces premiers essais achèvent de convaincre les membres de la scène musicale de Seattle. La qualité des compositions, mêlant metal, rock alternatif inspiré et psychédélisme, attire de plus en plus les majors qui sentent le potentiel lucratif du groupe.
C’est pourtant sur le label indépendant SST Records que Soundgarden sort son premier album, Ultramega OK, en 1988. Le succès devient national et le disque est même nominé aux fameux Grammy Awards. Le pas de la « major company » est franchi l’année suivante, pour la sortie de leur deuxième album Louder Than Love, qu’ils signent chez A&M Records. Avec cet opus, le son de Soundgarden se diversifie et les critiques rock ne tarissent pas d’éloges sur le groupe. Paradoxalement, Yamamoto quitte la basse et le groupe, préférant retourner sur les bancs de l’université. Il est remplacé au pied levé par Jason Everman (guitariste de Nirvana sur la première tournée du groupe) qui est finalement remercié en 1990. C’est Ben Shepherd qui est embauché à son poste. Ce dernier restera à la quatre cordes jusqu’à la fin. Soundgarden a dorénavant son line-up définitif.
Le triangle magique du grunge
En 1991, Soundgarden sort son troisième disque, Badmotorfinger. C’est le véritable tournant pour le groupe. Les titres « Rusty Cage », « Jesus Christ Pose » et « Outshined » connaissent un gros succès en radios, les Grammy Awards sélectionnent le groupe et les médias leur dressent des portraits dithyrambiques. Le label A&M Records se frotte les mains… Seule ombre au tableau : les albums Nevermind de Nirvana, et Ten de Pearl Jam sortent au même moment et connaissent tout de suite les succès que l’on sait…
Si Badmotorfinger a finalement du mal à se partager une réelle part du gâteau avec les deux autres groupes de Seattle, c’est que ceux–ci proposent des albums plus évidents à écouter, en y intégrant une dose de pop, une production plus « mainstream » en comparaison à la kyrielle d’arrangements bizarroïdes qui jalonnent l’album de Soundgarden.