Telle une histoire de Cendrillon quintuplée et revue par le marketing contemporain, la genèse des Spice Girls (Filles Epicées) trouve son origine dans l’esprit enfiévré de vils producteurs attirés par l’appât du gain : en février 1994, Heart Management, une société de production londonienne, place une annonce dans un magazine pour recruter un groupe de jeunes chanteuses et danseuses « ambitieuses et débrouillardes ».
Le patron de la boîte, Chris Herbert, songe apporter aux groupes pour teenagers comme les East 17 une réponse féminine susceptible d’attirer les deux sexes. Des centaines de jeunes anglaises se présentent à l’audition ; s’ensuit un écrémage impitoyable qui ne laisse sur le carreau que cinq filles : Victoria Adams, Melanie Chisholm, Geraldine « Geri » Halliwell, Michelle Stephenson et Melanie Brown. Affublé du nom de Touch, le quintette est installé dans un logement en banlieue londonienne appartenant au producteur, pour commencer à s’entraîner au chant et à la danse. Sans contrat écrit, les cinq filles continuent entre-temps de toucher le chômage.
Au bout de deux mois, le groupe affronte sa première crise avant même d’avoir vraiment commencé d’exister : Michelle Stephenson quitte le groupe, pour raisons familiales selon elle, licenciée pour manque d’ardeur au travail selon les autres. Un casting est organisé pour trouver sa remplaçante : Abigail Kis, la chanteuse choisie, ne souhaite pas être séparée trop longtemps de son petit ami et prend vite la porte. Revenue au point de départ, la production finit par trouver la perle rare avec Emma Bunton, une jolie blonde enjouée.
Désormais au complet, les futures Spice Girls se trouvent néanmoins en conflit avec la production, qui ne leur a toujours pas proposé de contrat. Encouragé par le résultat d’une prestation organisée devant des professionnels, Heart Management décide de mettre la main à la plume pour présenter enfin le contrat promis mais ce sont les oiseaux rares qui vont vouloir quitter la cage : les cinq filles font traîner de leur côté la signature de leur contrat avant de se décider à prendre congé de leurs découvreurs, sans oublier de subtiliser les masters de leurs enregistrements.
Les Spice Girls prennent contact avec le producteur Eliot Kennedy, présent à leur prestation, et lui confient leur management. Des rencontres fructueuses et bien choisies avec divers professionnels conduisent à la signature d’un contrat avec Virgin Records, où le groupe féminin passe sous la houlette du producteur Simon Fuller, naguère responsable de la carrière de Madonna, qui va guider de main de maître le lancement du quintette. De l’automne 1995 à l’été 1996, le groupe prépare son album de lancement tout en se rodant sur scène aux Etats-Unis.
Le début des Spice Girls, bien rodé d’un point de vue marketing, s’accompagne de la définition pour chaque fille d’un personnage bien campé, correspondant à son physique et à son caractère. Personnage qui s’accompagnera rapidement de surnoms attribués aux chanteuses par le magazine de l’émission Top of the Pops . Melanie Brown (dite Mel B.), métisse extravertie aux tenues et coiffures fantaisistes, hérite du surnom de « Scary Spice » ; Melanie Chisholm (alias Melanie C.), habillée en garçon manqué, devient la « Sporty Spice » amatrice de foot ; Victoria Adams, brune un peu froide amatrice de tenues chic, devient « Posh Spice » (la Spice snob) ; Geri Halliwell, rouquine pulpeuse, se voit proclamée bombe sexuelle du groupe et devient « Sexy Spice », surnom vite remplacé par « Ginger Spice » pour être davantage tout public ; les airs de Lolita d’Emma Bunton lui valent le sobriquet de « Baby Spice ».
Le côté sexy des jeunes femmes leur permet de viser un public masculin, mais le cœur de cible du groupe est composé de jeunes filles amatrices de musique énergique et facile d’accès. Après la vague Brit-Pop du début des années 1990, le groupe s’inscrit en plein dans un renouveau d’une Pop Music plus légère et moins auteurisante.
La sortie, le 8 juillet 1996, du single « Wannabe », est le déclencheur de la carrière des Spice Girls : la chanson, martelée des semaines durant par un vidéo-clip présent sur toutes les chaînes, demeure durant sept semaines numéro un au hit-parade britannique, montant au top dans plus de trente pays à travers le monde et permettant aux jeunes anglaises de se faire mieux connaître aux Etats-Unis en atteignant d’emblée la onzième place du Top 100 américain.