Quand
Stills Alone parait le 11 septembre 1991, on pense avoir enfin entre les mains l'Album acoustique tant attendu, comme si la rédemption d'un auteur dont le principal défaut est une certaine luxuriance dans les arrangements passait forcément par le dépouillement intégral de ses nouvelles compositions, la mise à nu de sa musique et de son âme.
Et l'espérance de bien des admirateurs du guitariste américain n'est sans doute pas trop déçue par cette production, même s'il flotte un vague sentiment de frustration quand résonnent les dernières notes de
« TreeTop Flyer », après seulement 30 mn de bonheur, durée certes supérieure à celle des albums de
J.J. Cale mais néanmoins insuffisante pour rattraper 20 ans de productions finalement pauvres.
En effet, l'artiste n'a jamais pu retrouver l'énergie et l'inspiration de ses premiers disques, qu'ils aient été enregistrés au sein du
Buffalo Springfield, de Crosby, Stills, Nash And Young, de
Manassas ou même et surtout en solo avec le
Stephen Stills de 1970. Ainsi incombe-t-il à la nouvelle et première composition
« Isn't It So » de rassurer son monde, chose faite après trois petites minutes : le guitariste est grand et le son qui sort de sa Martin est riche. Cependant, les doutes ne sont pas levés quant au niveau d'inspiration de l'auteur puisqu'il place ensuite une reprise de
Fred Neil,
« Everybody's Talkin' », que l'on trouvait déjà sur son
Stephen Stills Live de 1975.
C'est ainsi qu’entre enthousiasme et déception on navigue, doucement balancé par le touché de guitare extraordinaire de
Stephen Stills qui illumine
« Just Isn't Like You ». Vaguement amer en regard du peu de nouveaux titres de cet album : alors que Stills nous rappelle qu'il a côtoyé la même gloire que celle des Beatles (avec Crosby et Nash), et qu'à ce titre il est à même de reprendre parfaitement leur
« In My Life », tout comme l'irréprochable
« Ballad Of Hollis Brown » tiré des premiers
Bob Dylan. On l'écoute patiemment nous dévoiler ses nouvelles interprétations de
« Singin' Call » et de
« Know You Got To Run » en provenance directe de son deuxième album,
Stephen Stills 2.
Le chemin est agréable mais le paysage connu, alors on jette un œil blasé sur le bricolage de
« Blind Fiddler Medley » en y reconnaissant le travail de John Hopkins. Même
« Treetop Flyer », où pourtant chant, paroles et jeu de guitare sont à l'unisson, reste douteux quand on sait qu'elle est dans ses cartons depuis 1976. Léger sursaut sur le très écolo
« Amazonia » qui nous rappelle les engagements politiques de son auteur et son attirance musicale jamais tarie vers les rythmes latins.
L'album, même si ses ventes sont loin de celles du début de la carrière de Stills, reçoit une bonne critique et permettra aux fans de (re)découvrir ces chansons peu originales sur scène dans la tournée des amphithéâtres qui suit jusqu'en 1993. L'homme démontre quand même qu'il fait partie des grands guitaristes américains et, en renouant avec des chansons acoustiques de qualité (pas si éloignées que ça de ses succès
« Black Queen » ou
« Blues Man »), et, même si son chant est parfois approximatif, il parvient à dégager une émotion intacte que son auditoire espère voir un jour portée par de nouvelles compositions.
Thierry Gaydon