Stephen Lawrence Steve Winwood pousse ses premiers cris le 12 mai 1948, à Handsworth, faubourg de Birmingham (également patrie de Black Sabbath et des Dexys Midnight Runners). Elève de la Great Barr School, il se consacre très jeune au développement de la scène rhythm and blues de sa ville, en touche-à-tout de génie (il joue de la guitare, du piano, et de la batterie). C’est à l’âge de huit ans qu’il fait ses débuts, avec son père et son frère aîné Muff, au sein du Ron Atkinson Band.
Il fait par la suite ses premières armes d’instrumentiste professionnel en accompagnant à l’orgue Hammond des bluesmen ou rockers noirs en tournée en Grande-Bretagne (B.B. King, Chuck Berry ou John Lee Hooker avaient coutume de voyager seuls sur le vieux continent et de recruter des groupes sur place). Il enregistre à cette occasion et en 1965 un premier 45-tours avec le groupe The Anglos (et sous le pseudonyme de Stevie Anglo).
Des débuts en fanfare
A peine âgé de quinze ans, il chante ses premières chansons à succès avec le Spencer Davis Group, auquel il participe au côté de son frère. Quelques standards comme « I’m the Man » ou « Keep on Running », en deux flamboyantes années de 1966 à 1967, font du quatuor l’un des ensembles les plus considérés de la scène rhythm and blues britannique. C’est toujours en 1967 qu’il collabore (sur la chanson « Voodoo Chile ») à l’un des disques majeurs de l’histoire du rock, un Electric Ladyland signé Jimi Hendrix.
Groupe essentiel et supergroupe
Winwood retrouve alors de vieux copains de sa ville natale, et fonde le plus aventureux Traffic, en compagnie du batteur Jim Capaldi, du bassiste et flûtiste Chris Wood, et du guitariste Dave Mason : ils écrivent ensemble l’un des plus belles pages du rock anglais, teintées de jazz et de psychédélisme, et riches d’influences extra-européennes.
En 1969, le jeune homme fonde aux côtés d’Eric Clapton (et après l’expérience avortée de Powerhouse, dirigé par le même), ce qu’on doit bien considérer comme le premier super groupe de l’histoire. Complétée par l’ancien batteur de Cream Ginger Baker et le bassiste et violoniste de Family Rick Grech, Blind Faith ne résiste pas à l’envolée des ego et ne survit – quelques mois – que le temps d’enregistrer un album homonyme décevant (même s'il rencontre un énorme succès public) et d’assurer une hiératique tournée américaine. On murmure que l’avance de royalties, concédée par un label hystérique, était telle que personne n’aurait pu résister.
La même année, Winwood prête ses talents multiples au premier album de Joe Cocker (With a Little Help From My Friends) et on peut également l’entendre derrière le groupe jamaïcain Toots & the Maytals (dans l’album Reggae Got Soul). L’aventure d’un nouveau super groupe, le Ginger Baker’s Airforce, rassemblant Denny Laine, Graham Bond et quelques autres, est, elle aussi, éphémère.
Eternel retour
Bien qu’il ait, dès 1970, commencé à travailler sur un premier album solo mêlant des racines rock, jazz et folk, participé (à l’instar de tout le gratin de la scène blues anglaise) aux London Howlin’ Wolf Sessions du bluesman noir américain, brièvement interrompu en 1972 sa carrière (pour cause de péritonite) et, en 1973, assuré des parties d’orgue et d’harmonium sur l’album Berlin de Lou Reed, Steve Winwood rallie une nouvelle mouture de Traffic, un deuxième épisode qui le mène, dans des configurations variables, jusqu’en 1974. En 1975, il collabore, par ailleurs, à l’album Waves de Jade Warrior.
Autre rencontre ponctuelle : Go (1976) est le titre d’un album enregistré avec le claviériste et percussionniste Stomu Yamashta, et le batteur (ex-Santana) Michael Shrieve. Le parti pris expérimental de la musique déconcerte le public. Plus accessible, Steve Winwood participe la même année à une tournée torride des rois de la salsa, les Fania All Stars.