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par Christian Larrède

Une beauté sculpturale et indubitablement africaine déambule d’une démarche hiératique sur scène, revêtue d’une magnifique et antique robe de cour. Un saxophoniste, couché sur son instrument, hurle à se provoquer un décollement de la plèvre. L’air pénétré, des percussionistes africains scandent avec énergie des rythmes ancestraux : bienvenue au royaume de la controverse. Ne pas faire sérieusement des choses vitales et assumer sérieusement des choses anecdotiques : Sun Ra, claviériste, philosophe cosmique, arrangeur, poète, compositeur prolixe et chef d’orchestre (ou de tribu), reste le plus étonnant, et discuté, personnage du jazz moderne. Construisant sa carrière sur un principe de base : le jazz est dans tout et tout est dans le jazz, agrémentant sa musique d’éléments mythologiques allant de l’Egypte antique à l’invasion des Martiens, générant une production pléthorique et difficilement référençable, Sun Ra a été le maître de cérémonies d’une parade de cirque où l’on sautait, avec délice et à pieds joints, dans le plus parfait des mauvais goûts et la plus cinglante des grandeurs. Vers la fin de sa carrière, et de sa vie, ses authentiques innovations et trouvailles musicales ont souvent été occultées par un décorum digne d’un samedi soir télévisé.

« Ma musique va d’abord faire peur aux gens. Elle représente le bonheur, et ils n’en ont pas l’habitude », Sun Ra.

Bien qu’il ait très tôt revendiqué une origine extraterrestre (zone d’arrivée : Etats-Unis), Herman Sonny Poole Blount (ou Lee, selon certains de ses distingués biographes), qui transformera plus tard, et très légalement, son nom en Le Sony’r Sun Ra, est né le 22 mai 1914 à Birgmingham (Alabama), patrie des chanteuses Odetta et Emmylou Harris. Il assume et une famille religieuse et un frère et une sœur avec lesquels il n’entretient que des rapports à éclipses. Musicien doué, il devient très vite capable de transcrire sur partition la musique qu’il entend, et certains des concerts auxquels il assiste (parmi lesquels le jazzman pianiste Fats Waller) auront une grande influence sur son art. Et c’est en toute logique qu’après avoir étudié la musique durant sa scolarité il participe aux tournées de l’orchestre de John Fess Whatley.

Ses premières traces musicales comme leader se font jour en 1934, alors que, tout jeune chef d’orchestre, il commence à quadriller le Midwest, région où, de la même manière, il occupe divers petits emplois. Sa vie personnelle est perturbée par une hernie testiculaire, qui le fera souffrir et provoquera en lui un sentiment de honte toute sa vie. On a par ailleurs glosé sur l’homosexualité latente de Sun Ra : il semble plus évident (comme le laissent penser quelques-unes de ses rares déclarations sur le sujet) que le musicien n’ait jamais été très intéressé par les choses du sexe, même s’il pouvait démontrer un penchant évident pour les hommes. En tout état de cause, la dernière partie de son adolescence est profondément marquée par les livres empruntés à la bibliothèque maçonnique de sa ville et les concepts ésotériques qu’il puise dans ces lectures. En ce sens, Blount rapporte en 1937 une expérience de téléportation vers Saturne dont il aurait été l’objet. Durant cette période, il est connu par ses camarades de classe comme un personnage extravagant, insomniaque et travailleur acharné sur son piano. En 1942, son objection de conscience et son refus d’incorporation l’entraîne pour un bref séjour en prison. En 1945, sa grand-tante Ida, dont il était très proche, meurt : il n’a alors plus aucune raison de rester à Birgmingham.

Chicago

Il s’installe alors à Chicago, la Cité des Vents, centre d’activisme politique afro-américain. En 1946, il devient arrangeur et pianiste pour celui qui, légende vivante, restera comme le premier leader d’un grand orchestre de jazz, le compositeur Fletcher Henderson, et participe à des concerts de l’orchestre, alors en perte de vitesse, au Club DeLisa. Sun Ra affirmera plus tard avoir à cette période collaboré avec Coleman Hawkins ou le violoniste Stuff Smith et écrit des arrangements pour des comédies musicales. On le retrouverait également en accompagnateur de chanteurs comme Wynonie Harris ou Joe Williams (en compagnie du batteur Ed Sanders et pour le compte de la firme Savoy) ou du contrebassiste Eugene Wright (célèbre pour avoir plus tard rallié le mythique quartet de Dave Brubeck). C'est le 20 octobre 1952 qu'il opte pour le nom d'artiste Sun Ra, réfutant son patronyme civil lié au destin de ses ancêtres esclaves, à l'instar d'un Malcolm X ou Cassius Clay.

Les dates ...

1993 (30 Mai)
Décès de Sun Ra
1992 (Juillet)
Concert (en chaise roulante) en ouverture de Sonic Youth
1978 (20 Mai)
Apparition télévisée au Saturday Night Live
1971
Concert devant des pyramides
1970 (Aout)
Enregistrement lors des Nuits de la Fondation Maeght

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