Née en Bulgarie, à Iskretz, Sylvie Georges Vartanian voit le jour en 1944. Fille d'un employé bulgare de l'ambassade de France, la jeune fille au joli minois est approchée très vite par le cinéma pour faire, dès 1950, quelques figurations à l'écran, le plus souvent dans quelques productions patriotiques locales. L'arrivée de l'Armée Rouge en Bulgarie change totalement la vie des Vartanian qui décident alors de s'exiler de l'autre côté du Rideau de fer. Francophone distingué, le père de Sylvie choisit Paris pour lieu d'exil et c'est dans la capitale que la famille Vartanian (bientôt rebaptisée Vartan) pose ses valises en 1952. L'acclimatation est rude. Obligé de se contenter d'un travail de manutention pour nourrir femme et enfants, Georges Vartan ne peut offrir un cadre de vie luxueux à sa progéniture qui ne parle guère le français et doit multiplier les efforts pour l'apprendre au plus vite. À force de volonté, Sylvie et son frère Eddie parviennent à maîtrise cette langue en peu de temps, intégrant alors le collège Victor Hugo en classe de sixième.
L'année 1960 voit le niveau de vie des Vartan évoluer positivement. Plus à l'aise financièrement, Georges Vartan peut s'offrir un appartement suffisamment vaste pour y loger confortablement toute sa petite famille. Sylvie et Eddie, pour leur part, commencent à vivre leur vie d'adolescents occidentaux du début des sixties, connaissant premières amourettes, premiers flirts et premières expériences musicales. Eddie est devenu un trompettiste et chanteur plutôt doué et évolue dès ses années de lycée au sein du milieu rock'n'roll de la capitale. Sylvie, chanteuse à ses heures, suit les traces de son frère qui l'a initiée à l'univers d'Elvis Presley.
The french blonde rock'n'roll singer
Eddie quitte très tôt le lycée, ayant trouvé un job d'impresario au sein du label RCA qui le charge de prendre en main la carrière d'une star montante de l'époque, Frankie Jordan (Claude Benzaquen pour l'état civil), l'un des pionniers du rock hexagonal, lequel commence à se tailler une petite réputation avec des titres comme « J'en ai ma claque » ou « Odile ». C'est via Eddie que Sylvie connaît sa première chance de percer dans la chanson. En effet, un duo prévu entre Frankie et la chanteuse Gillian Hills est annulé au dernier moment et, pour éviter la catastrophe, Eddie Vartan doit trouver d'urgence une nouvelle chanteuse pour donner la réplique au crooner. Son premier choix se porte bien évidemment sur sa s?ur qui interrompt ses révisions du bac français pour courir au studio enregistrer « Panne d'essence » et « J'aime ta façon de faire ça », deux titres qui se retrouvent sur le 45-tours de cet ex-dentiste devenu rocker.
Le disque rencontre un franc succès et la jeune Sylvie se voit proposer en 1961 l'enregistrement d'un premier 45 tours sous son nom propre, « Quand le film est triste ». « Passe ton bac d'abord », lui rétorque son père lorsqu'elle lui annonce sa volonté de faire carrière dans la chanson. Mais finalement, Georges Vartan se range à l'avis du conseil de famille qui choisit de laisser Sylvie tenter sa chance. Au lieu de passer ses examens pour obtenir la précieuse peau d'âne, Sylvie Vartan part en tournée en première partie de Gilbert Bécaud durant l'été 1961. Le succès de la première chanteuse de Rock made in France est immédiat et RCA propose à Vartan l'enregistrement d'un premier album intitulé Sylvie, en 1962. Pour celle qui était encore assise sur les bancs de l'école quelques mois plus tôt, le changement est fulgurant et la France danse sur les titres de cette jeune fille blonde à la voix chaude qui chante en ouverture du show à l'Olympia du rocker Vince Taylor pour assurer la promotion de l'album. « La Loco-Motion » ou « Baby, c'est vous » deviennent les tubes des dancings et la famille de Sylvie est bien obligée de se rendre à l'évidence que le choix de la laisser abandonner ses études n'était pas si mauvais.
Twiste et Chante (1963) et « A Nashville » (1964) confirment l'implantation de la jeune femme dans le milieu rock, première chanteuse à gagner le respect d'un courant musical jusqu'alors assez macho et partage la scène de l'Olympia avec les Beatles en 1964. Sollcitée par les chaînes de télévision américaines et italiennes, la « french rock'n'roll singer » Vartan s'exporte à l'étranger et gagne ses galons auprès du public américain lors d'une série de concerts aux Etats-Unis.
Quand Johnny rencontre Sylvie
Devenue l'une des égéries du magazine Salut les Copains, Sylvie Vartant se voit présenter la même année par son frère Eddie la star montante du rock'nrRoll français, Jean-Philippe Smet, que le public connaît mieux sous son pseudonyme américanisé de Johnny Hallyday. L'accompagnant aux Etats-Unis, Sylvie en profite pour enregistrer l'un de ses plus fameux tubes, « La Plus belle pour aller danser » et se fiance avec lui peu avant son départ au service militaire. Pendant cette année sous les drapeaux, Johnny n'abandonne pas vraiment Sylvie puisqu'il la confie aux soins de son secrétaire artistique, Yvan-Chrysostome Dolto, fils de la sociologue Françoise Dolto, que le grand public ne connaît pas encore sous le pseudonyme de Carlos.