L’aventure de The Band débute à la fin des années 1950 lorsque Ronnie Hawkins, chanteur de rock ‘n’ roll de l’Arkansas recrute pour son groupe les Hawks son compatriote le guitariste Levon Helm début 1958 ; Levon,Helm passe vite à la batterie. Après une demi-douzaine de 45 tours dont un sous le nom de Rockin’ Ron & The Rebels et deux albums, Ronnie Hawkins s’exile volontairement en 1960 au Canada.
Les Hawks s’y établissent sans avoir vraiment percé, avec Levon Helm seul rescapé de l’orchestre, dont les membres sont remplacés par des Canadiens, le tout jeune guitariste Robbie Robertson, Rick Danko à la basse, Richard Manuel au piano et Garth Hudson à l’orgue. La formation reste intacte jusqu’en 1963.
Bob Dylan
La carrière des musiciens croise celle de Bob Dylan, et restera indissociable. Grâce à cette rencontre, cette formation qui aurait pu devenir un énième groupe de bars, va enthousiasmer le petit monde du rock et exercer sur celui-ci une influence capitale.
Le premier concert avec seulement Robbie Robertson, Levon Helm, Al Kooper aux claviers et Harvey Brooks à la basse a lieu le 28 août 1965 au Forest Hills Stadium dans le Queens, suivi des premières répétitions avec le groupe entier à Toronto du 15 au 17 septembre.
En Europe
Le premier concert de Bob Dylan et des Hawks au complet se tient au Municipal Auditorium à Austin, Texas, le 23 septembre 1965.
Même si le groupe est l’orchestre officiel de Bob Dylan, et l’accompagne en Europe au printemps 1966, seul Robbie Robertson participe au chef d’œuvre Blonde On Blonde. Lorsque le jour précédant l’entrée au hit parade de Blonde On Blonde, Bob Dylan est victime le 29 juillet de son accident de moto, laissant son groupe au chômage technique.
Les bandes de la cave
Au printemps 1967 a lieur l'enregistrement des fameuses Basement Tapes dont une partie ne verra officiellement le jour qu’en 1975, mais qu’on connaîtra dès 1969 avec le plus célèbre « bootleg » de l’histoire (et le premier) : Great White Wonder.
Un vrai Band
Leur cohésion est absolument unique dans les annales du rock ; cinq musiciens-frères qui ont une « vision », imperméables aux productions contemporaines, démocrates attentifs aux autres dans leur manière de travailler, l’auteur laissant volontiers à l’un des autres le soin de chanter sa propre composition.
L’éblouissant The Band sort à l'automne 1969. Le 16 avril le premier de deux concerts prévus au Winterland à San Francisco qui étaient leur ticket d’entrée dans la cour des grands est un désastre, Robbie Robertson, malade, quittant la scène après sept morceaux.
Huit des douze titres de The Band (qui avait failli s’intituler Harvest) sont crédités à Robbie Robertson sans qu’il n’en chante une seule, laissant ce soin aux trois meilleurs dans le domaine, Levon Helm, Rick Danko et surtout Richard Manuel. Les musiciens jouent toujours aux chaises musicales en s’échangent leurs instruments au gré des chansons, le résultat donne l’un des très grands albums de l’histoire, indémodable, éblouissant et passionnant. Les morceaux les plus connus sont bien sûr « Rag Mama Rag » avec Richard Manuel à la batterie, et l’ode au Sud « The Night They Drove Old Dixie Down » chanté par Levon Helm.
Time
C’est en voisins que les musiciens doivent participer au festival de Woodstock le dimanche 17 août 1969, pourtant déplacé à Bethel, distant de cent kilomètres ; le Band lui aussi déplacé, car coincé entre Ten Years After et Johnny Winter, enchaîne avec le festival de l’île de Wight où il se produit 45 minutes avant d’accompagner Bob Dylan.
Avec son ton désenchanté, Stage Fright déçoit les admirateurs, surtout sa première partie mais la seconde renferme les joyaux « The Shape I’m In » écrit par Robbie Robertson sur son ami Richard Manuel dont la dépendance à l’alcool le rend de moins en moins créatif, « The Rumor », un portrait de la terne vie à Woodstock où le groupe vit replié sur lui-même, et « Stage Fright » sur le trac en scène, écrit par Robertson en songeant à Bob Dylan.