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par Jean-Marie Pottier

Avant de s'éteindre, Strummer avait eu le temps de voir la reine Elisabeth fêter ses cinquante ans de règne, au printemps 2002. Un quart de siècle avant, il faisait partie d'une bande de jeunes gens aux cheveux en crête qui avait déchiré le rideau officiel de son jubilé à grands coups d’épingles à nourrice.

En 1976, le meneur s’appelle alors Johnny Rotten et glapit ses slogans au sein des Sex Pistols. A sa façon, Strummer sera un de ses disciples : « Un jour, j’ai vu les Sex Pistols, et je suis devenu un roi », déclarera-t-il. Le futur leader du Clash chante alors au sein des 101ers, une formation de pub-rock londonienne dont les Sex Pistols assurent la première partie, le 3 avril 1976 (« J'ai compris que nous étions finis »). Le choc l'amène à rejoindre début juin un autre groupe, London SS. Celui-ci, où sévissent les guitaristes Mick Jones et Keith Levene et le bassiste Paul Simonon, fraye déjà avec le milieu punk (Chrissie Hynde, future Pretenders, Rat Scabies des Damned).

The Clash est né… pour aussitôt commencer à changer de forme. Keith Levene prend plus ou moins volontairement la sortie dès septembre : il se rattrapera largement en rejoignant deux ans plus tard le Public Image Ltd. de Johnny Rotten/John Lydon, le temps de deux albums majeurs du post-punk anglais (Public Image, Metal box). Topper Headon, lui, remplacera définitivement le batteur Terry Chimes après la sortie du premier album, et le Clash (nom choisi sous l'impulsion de Paul Simonon, en référence aux affrontements nombreux qui marquaient l'époque) se stabilisera autour du quatuor Strummer-Jones-Simonon-Headon. Un line-up auquel il faut ajouter un cinquième larron : le manager Bernie Rhodes. Ancien associé de Malcom McLaren, c'est lui qui présente les membres du groupe les uns aux autres, après avoir également introduit Johnny Rotten au sein des Sex Pistols. Un autre lien reliant le groupe aux défricheurs du punk, avec qui The Clash participe bientôt à l'Anarchy in the UK Tour.

Dès son premier single, «White Riot» (inspiré des émeutes de Notting Hill, auquel le groupe a assisté le 30 août 1976), le Clash frappe alors un grand coup. Semblable aux Sex Pistols, qui alignent les slogans promis à l'éternité (« I am an antichrist / I am an anarchist » , « Fascist regime / There’s no future »), les quatre Londoniens marquent leur empreinte avec une face B simplement titrée « 1977 : No more Elvis, Beatles or Rolling Stones ! » . Le rock anglais s'amuse à se réinventer, imagine un retour à l'année zéro : de cette reconstruction en trompe-l'œil, The Clash, premier disque des quatre Londoniens, reste, près de trente ans après sa sortie, une des pierres angulaires. Plus tranchant et fauché que Never mind the bollocks des Pistols, il contient quatorze incendies allumés par les guitares de Mick Jones et le chant de Strummer. L'Amérique en prend pour son grade (« I'm so bored with the U.S.A » ) et les hippies aussi (« Hate & war », pastiche ironique du « Peace and love » baba…).

1978 s'annonce alors aussi difficile que 1977 a été fertile : pour le Clash comme pour le reste des groupes punks anglais, le plus dur reste à faire, confirmer, évoluer. Les Sex Pistols, eux, ont tiré sans le savoir leur révérence le 14 janvier 1978, lors d'un concert au Winterland de San Francisco. Ce soir-là, Johnny Rotten lance dans la foule l’épitaphe définitive de la plus magnifique arnaque de l’histoire du rock anglais : « Jamais eu l’impression de vous faire avoir ? » . Répondre à cette question allait être la tâche du Clash, pour les deux années a venir. Montrer au public qu’il ne s’était pas fait avoir. Qu’après avoir détruit, le punk allait être capable d’inventer. « En tant que groupe punk londonien numéro deux, le projet des Clash a toujours été de donner un sens aux devinettes des Sex Pistols - et ça marchait » , écrira le critique Greil Marcus (Lipstick traces. Une histoire secrète du vingtième siècle). A un mouvement punk en « quête de sens », The Clash allait apporter une réponse : « Les Pistols étaient une comète, déclarera Mick Jones. Le but du Clash était plutôt de se développer musicalement ».

Pour cela, il fallait finalement prendre le contre-pied du punk anglais originel.

Les dates ...

1985 (Décembre)
Séparation définitive de The Clash
1983 (01 Septembre)
Départ de Mick Jones
1982
Tournée américaine avec les Who
1980 (Décembre)
Sortie de Sandinista !
1979 (Décembre)
Sortie de London calling

Vidéo

White Riot
The Clash