Pendant les deux années suivantes, la carrière du groupe va alors se résumer aux quatre mots d'une chanson de Stiff Little Fingers : « Roots, radicals, rockers and reggae » . Avec les fantastiques London calling et Sandinista ! (55 titres à eux deux), le Clash, notamment sous l'impulsion de Mick Jones, va puiser dans le passé (reggae, dub, rockabilly) et réfléchir au futur (hip-hop, funk). Une évolution finalement logique de la part d'une formation qui, dès son premier disque, lorgnait du côté de la Jamaïque, notamment via la reprise de « Police and thieves » de Junior Murvin. Et qui, loin de se contenter de zoner sur King's road, vadrouille à ce moment-là entre Etats-Unis, Angleterre et Jamaïque.
Le Clash est alors la locomotive d'un rock anglais qui explore tous azimuts, entre revival soul (les Dexy's Midnight Runners, le Jam de The Gift) et ska (Madness, The Specials), embardées psychédéliques (The Undertones), post-punk (The Buzzcocks, PiL) et cold-wave (Joy Division, The Cure). Ce fantastique métissage, les Londoniens en livreront l'exemple le plus abouti, reflet d'un état d'esprit de plus en plus collectif : après Strummer et Jones, Simonon et Headon empoignent eux aussi le micro.
Cette ouverture d'esprit n'est pas que musicale : elle s'incarne aussi dans des gestes politiques et commerciaux inouïs. London calling et Sandinista ! regorgent de chansons engagées (« Guns of Brixton » , « Lost in The Supermarket » , « The Call Up » , « Washington Bullets » ...). Et les deux disques, malgré leur taille imposante, sont vendus pour un prix modique, comme les places de concert. Le groupe sacrifie ainsi une bonne partie de ses revenus. Une manière détournée de liquider au plus vite son contrat avec CBS pour se tourner vers un label indépendant. Il faut dire que ses relations avec sa maison de disques, entamée par la signature d'un contrat mirifique le 27 janvier 1977, s'étaient engagées sous des auspices difficiles. Le fanzine punk Sniffin' glue les avait alors accusés de trahison (« Le punk est mort le jour où le Clash a signé avec CBS » ), tandis que le label imposait son choix de singles et que le groupe refusait de jouer en play-back à Top of the pops.
Le Clash allait ressortir lessivé de ce bras de fer avec l'industrie. « Faire ça dans l'Angleterre de Thatcher, en période de récession, c'était une sorte de geste magistral » , déclarera Joe Strummer. Mick Jones reconnaîtra lui que, si une telle lutte « s'était passée au Japon, tous les responsables de la maison de disques se seraient suicidés ». Deux ans plus tard, le groupe enregistre en tout cas un cinquième album plus resserré mais inégal, Combat rock. Et ouvre pour les Who dans les stades américains (Strummer : « Ils incarnaient ce que nous serions devenus si nous avions continué, et ça m'a vraiment fichu les jetons » ). Héroïnomane, Headon quitte le groupe cette même année, provisoirement remplacé par Terry Chimes, puis par Pete Howard. En conflit avec Strummer et Simonon, Mick Jones part également, en 1983. Les deux survivants embauchent les guitaristes Nick Sheppard et Vince White, et enregistrent en 1985 le curieux et décevant Cut the crap, où les boîtes à rythmes font leur apparition. C'est un retour aux racines - fauché, le groupe dort chez ses fans -, mais le c?ur n'y est plus. The Clash n'est plus alors le groupe flamboyant de 1978. Celui au sein duquel Joe Strummer chantait : « I saw some passing yabbos / We did chance to speak / I knew how to sing / You know / And they know how to pose / And one of them had a Les Paul / Heart attack machine ».
Music Story
Les dates ... 1985 (Décembre) Séparation définitive de The Clash 1983 (01 Septembre) Départ de Mick Jones |