13 octobre 1982,
The Clash sont enfin des stars aux Etats-Unis, après la sortie de
Combat Rock, et
« Rock the Casbah » sera leur seul vrai hit américain, mais au pays du
big rock, la punkitude anglaise n’est pas encore apte à remplir seule les stadiums. Aussi c’est en première partie… des Who, que
Joe Strummer et les siens tentent d’asservir le pays qui les ennuie, peu de temps avant de casser le jouet.
Terry Chimes, batteur originel, est venu remplacer son remplaçant,
Topper Headon, viré pour junkitude, et
Mick Jones va faire sa valise à la fin de la tournée, qui les verra même partager l’affiche avec
Van Halen !
The Clash oublie donc les commandements du punk, et joue avec les Who venus relever les compteurs dans le stade rendu célèbre par les Beatles.
Pour y donner quoi ? Un
best of raisonnable de leurs cinq albums majeurs (il ne reste plus que l’immonde
Cut The Crap pour suivre), introduit par leur manager légendaire,
Kosmo Vinyl, dans sa langue fleurie de lad londonien. Ce live a été enregistré le deuxième soir, mais on sent le groupe encore tétanisé par l’abondance du public, et la géographie du stade. Ils s’appliquent donc à jouer leurs tubes avec l’approximation requise, qui faisait merveille dans des salles plus humaines, où leur proximité était toujours le meilleur accès possible à l’adulation d’un public conquis, à la fois par leurs chansons et leurs messages.
Au Shea Stadium, une partie du public est venu voir un bon vieux groupe de papys,
The Who, comme on va au barbecue du dimanche. Quant à leurs fans, ils attendent le reggae funk pop de
« Rock The Casbah ». Autant dire que
The Clash a connu des moments plus près de leur vérité, mais cet enregistrement témoignage, dont les bandes ont été retrouvées par hasard par Strummer lors d’un déménagement, a la valeur, justement, du document. Celui d’un groupe en déréliction, mais dont le legs est si fondamental qu’il peut se suffire à lui-même. Même si manquent les petits frisottis de guitare sur l’intro de
« Should I Stay Or Should I Go », qui l’ont rendu indispensable.
The Clash est ici sur le chemin de devenir le négatif de ce qu’il a voulu être, des guérilleros, pour devenir à leur tour un de ces mastodontes qui débitent leurs tubes dans des arènes bourrées de 80 000 ricains ivres de pop corn et de soda. Ils en avaient les moyens, le destin n’a pas voulu que cela se fasse, et aujourd’hui, on ne peut qu’en tirer une légitime fierté. Comme les Beatles, les Clash ne se reformeront jamais. Ce live tire le rideau, on applaudit.
Quelqu’un a les bandes de la semaine à Bobino ?
Jean-Eric Perrin