Les volcans d’Auvergne grondent encore de fièvre, et l’activisme bougnat fait feu de tout folk : le deuxième album de
The Delano Orchestra (après un premier opus,
A Little Girl, A Little Boy & All The Snails They Have Drawn, enregistré en 2006, et en une journée, et dans une boucherie désaffectée) confirme la saveur de leurs premières sessions, et atteste de quelques signes liminaires, comme la participation du groupe aux découvertes du Printemps de Bourges, ou à la bande originale du film
Red Without Blue (vie, mort et résurrection d’une famille, sous l’œil de Jessica et Todd Stills), aux côtés d’Anthony & The Johnsons, ou de Cocorosie.
Le disque a été enregistré durant l’hiver, la nuit, et la neige de Clermont-Ferrand, ce qui pourrait passer pour pléonastique. En fait, la priorité de
The Delano Orchestra (Derek et ses petits amis, donc une brigade de guitares, violoncelles, percussions de poche…) a été d’évacuer la noria d’influences qu’on a bien voulu accrocher au moindre de leurs refrains, de
Sparklehorse à
Arcade Fire, en passant par Sigur Rós.
La bonne nouvelle, c’est que l’orchestre y parvient. La très bonne nouvelle, c’est qu’il le fait dans le sens, le son, et la sensibilité. L’émotion majestueuse des chansons enfle en effet comme un torrent sonique, dans un scénario fréquent d’une ouverture particulièrement impressionniste et tout en douceur, qui évolue en pulsion implacable, sur laquelle vient se fixer un chant désincarné, tout à la fois timide et obstiné.
Tout est ici aérien, intime et à géométrie variable : les mélodies jouent avec la gamme, les arrangements avec nos nerfs – sur le bon vieux principe de la tension/détente – et les thèmes au malin (un country song balisé qui, brusquement, nous épingle d’une guitare stridente).
Will Anyone.. reste la plus seyante musique d’un film qui reste à tourner. Et la démonstration la plus talentueuse qui soit que le noir est une couleur.
Á noter que le packaging combine avec élégance initiative péri-artisanale (les pochettes en trois volets sont cousues, comme le cuir d’un vieux blouson), et militantisme esthète (y sont glissées des cartes offrant des reproductions d’œuvres émargeant au Fonds Régional d’Art Contemporain d’Auvergne) : comme une cerise rutilante, sur le gâteau d’une musique enflammée.
Christian Larrède