Faire revivre
Kurt Weill et la cultissime comédie musicale Cabaret, en y apportant un langage d'aujourd'hui, direct et sauvage. Voilà ce que proposent The Dresden Dolls de Boston, dont les premières chansons sont regroupées sur ce premier album homonyme, sorti en 2003.
Même si la version studio n'a qu'un d'intérêt moindre, lorsque l'on sait l'importance de l'aspect visuel de la musique du duo, cet album permet de se rendre compte du potentiel théâtral de compositions aussi réjouissantes que dérangeantes, nées de l'imagination de l'auteure et compositrice
Amanda Palmer, qui depuis 2007 mène aussi une carrière solo. Avec leur esthétique gothique et leur amour du romantisme noir, ces poupées de Dresde jouent avec les souvenirs et les fantasmes populaires, dans un cabaret qu'ils qualifient eux même de punk brechtien.
Qui dit musique de cabaret, dit pianiste. Le jeu d'Amanda Palmer ne tient sans doute pas du génie mais reflète la folie de ses textes, tout en cassures, en accélérations, tensions puis apaisements. La voix n'est pas « jolie », elle est puissante, joueuse, machiavélique, envoutante (
« Missed me »). En un mot théâtrale. Tantôt enfant, tantôt femme fatale.
« Coin-operated Boy » et ces mélodies jouées au piano et piano-jouet, permet d'ailleurs à Palmer d'endosser les deux rôles avec cet « homme automate qui fonctionne à l'aide de pièces et sait la satisfaire... ». Coté pile.
Coté face, de l'autre coté de la pièce, on trouve
Brian Viglione autre moitié du couple, aux percussions. Un batteur qui n'en n'est pas à ses débuts puisqu'il a passé de son enfance et son adolescence à jouer, étant aussi fan de jazz que de métal et de punk, avant de vivre de la musique dès seize ans en jouant dans divers groupes de Boston.
C'est avec ce minimum de moyens que le duo est capable d'embarquer son public dans un univers fiévreux dont
« Girl Anachronism », est à l'un des tours de force et
« Truce », qui conclut l'album, un exemple passionné.
Anne Yven