Gérer la rage, canaliser l’ébouriffement, c’est ce que fait idéalement
The Gossip sur
« Dimestore Diamond », habile équilibre entre la voix quasi sage de l’exubérante chanteuse et une guitare vulgaire à souhait, tout en moraines soniques.
Cet album est sans conteste le plus important de la carrière du trio américain. Depuis que la hype s’est emparée de son leader XXL, dans la période associée à l’album studio précédent
Standing in the Way of Control,
The Gossip est devenu plus large que la vie, une mine inépuisable de commentaires, une débauche d’exposition. Mais il ne suffit plus à
Beth Ditto de poser, nue ou presque, à la une des magazines
trendy, ni de faire sa maligne dans les défilés de mode qui aiment à s’autodécorer de « personnages » (Dita Von Teese, etc) pour en sucer le sang. Il faut passer outre la hype et devenir, qui sait, un succès populaire, vendre des disques, ce genre…
Rick Rubin est venu polir l’ensemble, en ébarber la sève indé fondamentale pour en faire un produit de grande consommation, repeint aux synthés 80’s, quelque chose qui puisse effectivement passer à la radio.
Du coup, on a l’impression que Ditto chante « à côté » de son groupe, elle n’est plus immergée dans cette lave post rhythm & blues, mais sagement appliquée à faire ses vocalises à l’américaine.
The Gossip en a perdu la moelle dévastatrice qui faisait le sel de son œuvre liminaire. Mais le disco punk de ce quatrième album possède néanmoins un charme qui évoque les tentatives charmantes de Ze Records dans les années 80, un héritage du
Blondie de
« Heart of Glass », avec ce son plastique, ce funk décharné, cette sorte de candeur préservée dans les compositions d’un album pourtant clairement calibré pour réussir.
« 2012 » est de cette trempe, ou
« Four Letter Word », ou encore
« Love and Let Love » et sa clap machine imperturbable.
« Men in Love » évoque clairement ce disco rock new-yorkais circa 1979.
Alors on est tout d’abord dubitatif, les ficelles sont grosses et bien visibles, et puis on tombe dans le piège du savoir-faire, et s’agenouille devant la séduction pétulante d’un album air du temps (les eighties comme épine dorsale de la musique de 2009).
Jean-Eric Perrin