par Loïc Picaud
Une tournée mondiale subséquente, le Triumph World Tour, concrétise leur premier et double disque en public commercialisé, The Jacksons – Live !, en novembre 1981. Sur l’album comme sur scène, les hits historiques du groupe côtoient les succès de Michael en solo et profitent de son ascension, lequel expose ses talents de danseur dans un spectacle où il vole la vedette.
Au printemps 1982, Michael poursuit sa collaboration avec Quincy Jones pour l’album Thriller, qui sort en décembre, et un disque de narration adapté du film de Steven Spielberg, E.T. – The Extra-Terrestrial (MCA). Le premier va rafler tout ce qui est possible sur son passage : sept des neuf titres sortent en singles, et tous deviennent des classiques instantanés, du duo avec Paul McCartney sur « The Girl Is Mine » à « Billie Jean », « Beat It » et « Thriller » tous trois n°1, assortis de clips-étalons du genre. L’année 1983 fait de lui une superstar interplanétaire qui bat le record de ventes pour un album écoulé à 38 millions de copies. Son portrait orne les couvertures de magazines du monde entier, mais les Jacksons ne représentent plus qu’une toile de fond qui a servi à faire éclore le mythe.
Victoire
Ce succès qui n’en finit pas n’arrange pas les affaires des frères Jackson, impatients de retrouver leur frère multi-platiné et de publier leur nouvel album Victory qui doit être prolongé d’une tournée américaine dont les enjeux n’ont jamais été aussi grands. Jermaine Jackson publie discrètement un album à son nom chez Arista, comportant le duo « Tell Me, I’m Not Dreaming » avec Michael – interdit de publication en single – et « Escape From The Planet of the Ape Men » avec le groupe. Le single « State Of Shock » (n°3), chanté en duo par Michael Jackson et Mick Jagger, précède l’album Victory publié en juillet. Le 6 du mois, la troupe Jackson moins Jackie, blessé au genou, entame sa tournée de 55 dates vendue pour 38 millions de dollars au promoteur de combats de boxe Don King par un concert à Kansas City devant 135.000 spectateurs. Victory déçoit quelque peu les fans de Michael (que la presse appelle « Bambi » en raison de sa prédilection pour les productions Walt Disney) et les amateurs de funk des disques précédents. L’heure est à la fusion funk-rock standardisée de « Torture » et « Body » qui laisse peu de place aux talents de chacun pour s’exprimer. L’année suivante est marquée par la participation à l’événement caritatif USA For Africa dans lequel Michael Jackson s’investit en tant que co-auteur du tube « We Are The World » auquel ses frères (et LaToya) prêtent leur voix.
En août 87, Michael Jackson présente l’album Bad, qui sans égaler l’exploit de Thriller reste tout de même dans des données de ventes stratosphériques (26 millions d’exemplaires), suvi de la première tournée mondiale sur son nom jusqu’à l’été de l’année suivante. La carrière des Jacksons fait maintenant figure d’intermède à son propre parcours puisqu’il ne participe qu’à un seul titre de l’album de ses frères, 2300 Jackson St. (une adresse devenue historique), paru en juin 1989. Ce baroud d’honneur produit par Teddy Riley, L.A. Reid et Babyface – futurs collaborateurs de Michael – va jusqu’à inclure une reprise de Prince (« Nothin’ Compares 2 U »). Il ira se morfondre dans le creux du Billboard, atteignant la 59ème place, et ne trouvant aucun fan répertorié. Le statut d’icône et le calendrier chargé de Michael ne permettant plus au groupe d’assurer son existence, chacun tente alors une carrière solo avec diverses fortunes.
Solo
LaToya, qui défraie la chronique en publiant dans son autobiographie Growing Up in the Jackson Family (1991) le récit des années difficiles passées sous l’emprise d’un père tyrannique, continue de dérouler une carrière solo fructive (onze albums), tout comme sa cadette Janet dont la réussite est la plus grande (exception faite du phénomène Michael), particulièrement avec les albums Control (1987) et l’excellent Rhythm Nation 1814 deux ans plus tard. En 2008, toutes deux se posent en rivales pour les sorties respectives de Startin’ Over – premier album de LaToya depuis treize ans – et Discipline de Janet. L’aînée Rebbie commet cinq albums entre 1984 et 1998.
En ce qui concerne les frères, Jackie a publié deux albums en 1973 et 1989 (Be The One) ; Jermaine a obtenu quelques grands succès en solo depuis 1972, notamment avec le hit « Let’s Get Serious » (1979) et l’album Jermaine (1980), mais a mis un terme à sa vocation de chanteur depuis sa conversion à l’Islam et son installation à Dubai (Emirats Arabes Unis) ; Tito et Marlon n’ont pas fait carrière sous leur nom, seul le premier a prêté main-forte aux trois albums de ses trois fils, les 3-T, entre 1995 et 2005.
Les dates ... 1989 (Juin) Sortie de 2300 Jackson St. 1985 (Juin) Participation à USA For Africa |