par Stan Cuesta
Son premier single pour Immediate est un coup de maître, une chanson-hommage à un dealer, « Here Comes The Nice », qui réussit à échapper à la censure et à se classer n°12 en juin 1967. Le premier album du groupe pour le label (également titré Small Faces !) sort cet été-là. C’est un grand pas en avant musical avec de magnifiques titres comme « My Way Of Giving ». En août, en plein « été de l’amour », les Small Faces sortent un de leurs plus grands hits, l’entêtant « Itchycoo Park » qui se classe à la deuxième place des charts britanniques (avant d’y revenir huit ans plus tard, n°9 en 1975). Ce sera également le seul titre du groupe classé aux Etats-Unis (n°16) avec « Tin Soldier » cinq mois plus tard... Contrairement à leurs contemporains, Beatles et Stones, et peut-être en raison du caractère typiquement british de leurs chansons, les Small Faces ne feront jamais carrière en Amérique, mais seront « vengés » par les deux principaux groupes auxquels ils donneront naissance, Humble Pie et les Faces. Cette « malédiction américaine » touchera d’ailleurs quelques années plus tard nombre de groupes anglais influencés par nos quatre mods tels Jam, Madness, Squeeze et autres Blur…
Psychédélique
Fin 1967-début 1968, le groupe est à l’apogée de son talent et de sa ferveur créatrice. Il sort l’excellent single « Tin Soldier » (n°9 en décembre) et consacre cinq mois à l’enregistrement de son chef-d’œuvre, Ogden’s Nut Gone Flake, album concept psychédélique dans la lignée du Sgt. Pepper’s des Beatles, qui se classe en tête des charts britanniques en juin et juillet 1968. L’amusant « Lazy Sunday », extrait de l’album, se classe n°2, au grand dam du groupe qui considérait ce morceau comme une blague…
C’est, ironiquement, le début de la débandade pour les Small Faces. Ils sont mécontents d’Oldham, qui gère très mal Immediate, perd énormément d’argent et ne paye jamais ses artistes… Ils enregistrent encore quelques titres, des instrumentaux ou des chansons plus acoustiques et jazzy, dont certains sortiront en 1969 sur la compilation The Autumn Stone, ultime tentative d’Immediate pour renflouer les caisses avant de mettre définitivement la clef sous la porte.
A ce moment-là, Steve Marriott a déjà quitté le groupe (sur scène, au beau milieu de « Lazy Sunday », le 31 décembre 1968 !) pour aller fonder Humble Pie avec Peter Frampton, qu’il avait tenté d’imposer comme second guitariste des Small Faces. Les trois autres continuent l’aventure, mais il ne leur faut pas moins de deux hommes pour remplacer le talentueux Marriott, et pas n’importe lesquels : ils s’assurent les services de Rod Stewart au chant et de Ron Wood à la guitare, qui viennent tous deux de quitter le Jeff Beck Group. Mais le changement de style est tellement radical que le groupe préfère se renommer The Faces : après tout, ils ne sont plus « petits » depuis bien longtemps…
Epilogue
Les Small Faces se reformeront en 1976, sans grande conviction de la part de Ronnie Lane, doublé voire remplacé par Rick Willis (bassiste de Peter Frampton et futur Foreigner) pour deux albums plutôt décevants, Playmates en 1977 et 78 In the Shade l’année suivante.
Ronnie Lane enregistrera en solo, avec Peter Townshend et avec son propre groupe, Slim Chance. Il sera malheureusement atteint d’une sclérose en plaque qui l’empêchera de continuer la musique et décédera le 4 juin 1997.
Après la séparation de Humble Pie et l’échec de la reformation des Small Faces, Steve Marriott aura du mal à refaire surface. Alors qu’il semble enfin prêt à effectuer son grand come-back, il meurt tragiquement dans l’incendie de sa maison du seizième siècle, le 20 avril 1991…
Kenney Jones remplacera Keith Moon à la mort de celui-ci, en 1978, dans les Who, les éternels « grands-frères » des Small Faces.
Enfin, Ian McLagan accompagnera de nombreux artistes, notamment Rod Stewart et The Rolling Stones, avant d’écrire un livre, véritable petite perle autobiographique, All the Rage: A Riotous Romp Through Rock & Roll History.