Ann Arbor est une ville située à quelques dizaines de kilomètres de Detroit, James Osterberg, alias
Iggy Pop, y a suivi ses études, dans une université huppée, et créé quelques formations éphémères (The Iguanas ou les Prime Movers). En 1967, il retourne près d’un ancien disquaire où il a déjà travaillé et y retrouve deux connaissances qui traînaient dans le coin : les frères Asheton. Ron et Scott sont deux jeunes délinquants, mais ils ont déjà formé un groupe avec un certain
Dave Alexander. Fort de ce quatuor de musiciens amateurs,
Iggy Pop décide de monter une formation aux influences blues et psychédéliques (le groupe s'appellera d’ailleurs à ses début The Psychedelic Stooges), se nourrissant également des travaux de
John Cage ou du free jazz naissant :
Sun Ra,
John Coltrane,
Pharoah Sanders.
Après quelques essais, dont
Iggy Pop à la batterie ou
Ron Asheton à la basse, la formule Stooges est trouvée :
Iggy Pop au chant,
Ron Asheton à la guitare,
Scott Asheton à la batterie et
Dave Alexander à la basse. Amateurs, ils commencent à jouer des morceaux rudimentaires, tentant d’approcher l’état de transe, leur volonté d'en découdre avec la musique est telle qu’elle va amener
Wayne Kramer, le leader des
MC5 (autre groupe de Detroit, au son pré-punk influencé par le free-jazz et la contestation auprès des «White
Panthers »), à les prendre sous son aile. Devenus les «petits frères» des
MC5, ils pénètrent la scène musicale de Detroit. Leur premier concert se déroule au Grand Ballroom fin 1967, c’est le début des galères, petits concerts et autres premières parties. Fin 1968,
Wayne Kramer souffle à l'oreille de Danny Fields, alors directeur artistique dans la maison de disque Elektra (The Doors, Love…) que les frangins ont du potentiel… Il assiste à leur concert et, subjugué devant la puissance sauvage qui se dégage du groupe, les signe immédiatement.
Les Stooges continuent à vivre de manière marginale dans leur « Fun House », maison située à Ann Arbor, où ils passent leur temps à prendre des acides et répéter, menant une vie décalée proche de leurs idéaux. Danny Fields leur demande s'ils ont assez de morceaux pour enregistrer un album, la réponse ne se fait pas attendre et ils se retrouvent parachutés au studio Hit Factory à New York dès juin 1969. Elektra a dépêché
John Cale du Velvet Underground à la production. L'enregistrement est bouclé en deux jours, mais
John Cale en bave : les Stooges jouent systématiquement amplis au maximum et
Iggy Pop refuse son mixage assez radical. De plus Nico traîne dans le studio et parasite le groupe. Elle s'installera même à la Fun House un temps, au grand dam des musiciens qui ne voient pas d'un très bon œil l'arrivée d'une présence féminine dans cet antre testotéronée et anarchique. Elle trouvera quand même la bonne idée de ramener un cinéaste underground et de filmer leurs relations en 16 mm, essai cinématographique qu’il est devenu quasiment impossible de visionner.
Leur premier album sorti, les Stooges continuent à jouer, flanquant une claque à toute la génération hippie, peu habituée à un tel déferlement de décibels, de folie et de puissance sexuelle (
« I wanna be your dog ») sur fond de chroniques de la glande ordinaire (
« 1969 »,
« No fun »). Car c'est en concert que les Stooges explosent, propulsés par un
Iggy Pop abusant de drogues et de violence, imitant à outrance son héros,
Jim Morrison, et devenant le second reptile et symbole sexuel de l'histoire du rock : l'iguane. C'est cette énergie donnée en concert qu'ils vont essayer de retranscrire en studio, ce que le
MC5 a en partie échoué. Elektra appelle à la rescousse
Don Galluci, après le refus du groupe de collaborer avec Madeira puis Eddy Kramer !. Cet ancien membre des Kingsmen (groupe de garage qui gravera la version la plus définitive du standard
« Louie Louie ») enregistre à Los Angeles en mai 1970
Fun house, pierre angulaire de la discographie du groupe et futur classique de la musique punk. L'album est bouclé en deux semaines, fruit d’une collaboration avec le saxophoniste ténor
Steven McKay qui apporte cette touche free-jazz parfaitement adaptée à la volonté de retranscrire le son concert du groupe.