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par Pierre-Emmanuel Seguin

« The Genius of Modern Music », « The Priest », « The Mad Monk », autant de surnoms pour Thelonious Sphere Monk, parfois à des fins promotionnelles comme le premier cité, ornant les pochettes des albums Blue Note du pianiste, soit pour caractériser un artiste qui a du faire face pendant plusieurs décennies à l’incompréhension du public et de la critique, quelquefois au mépris, la plupart du temps au scepticisme basé sur une réputation d’autiste excentrique qu’il n’a jamais cherché à démentir.

Autodidacte

Une réputation qui éclipse sa valeur exceptionnelle à la fois comme pianiste et comme compositeur caractérisée par des mélodies immédiatement reconnaissables autour desquelles s’appuient ses improvisations, un grand art du décalage rythmique et une conception de l’harmonie qui a ouvert la voie au Be-Bop mais dont l’influence se projette sur de nombreuses années (chez Sonny RollinsJohn ColtraneSteve LacyRan Blake, Eric Watson). Il fut de ceux dont le style et le vocabulaire s’affirme et se singularise très tôt mais qui doivent attendre longtemps, malgré le respect et la reconnaissance de leurs pairs, pour gagner la place qu’ils méritent à la fois dans l’industrie et dans le cœur et les oreilles des auditeurs. Par une injustice administrative, Thelonious Sphere Monk, est né « Thelious Junior Monk », injustice qui s’ajoute à celle qui vaut à son prénom d’être souvent mal orthographié, « Thelonius ». Il donne ses premiers signes de talents pianistiques vers 6 ans, sur le piano familial, acquis après leur déménagement de Caroline du Nord à New York, sur la 63ème Rue, ou Thelonious Monk résidera quasiment toute sa vie.

Il est majoritairement autodidacte, ne prenant que quelques cours à 11 ans avec le professeur de piano de sa sœur Marion, un certain M. Wolf, et glanant de notions d’arrangement au centre communautaire local. Son école fut celle de l’église Baptiste de St Cyprien où il accompagnait le chant de sa mère, celle des Rent Parties auxquelles il a participé pendant son adolescence (sorte de concert improvisé et privé organisé pour venir en aide et payer les loyers des familles ne le pouvant plus). Vers 1934 il joue régulièrement dans un bar local avec un trio, puis part en tournée pour accompagner une « prêcheuse » évangéliste, puis en 1939 intègre le quartet de Keg Purnell.

Père du Be Bop ?

Au début des années 40, Thelonious Monk devient le pianiste de l’ensemble du Minton’s Playhouse que dirige le batteur Kenny Clarke. C’est dans ce club situé dans les sous-sols de l’ hôtel Cecil à Harlem, que les explorations musicales de musiciens comme Charlie ParkerDizzy GillespieCharlie Christian et Thelonious Monk que le be bop est né. L’influence de Monk est capitale, il a donné à ce style ses harmonies basées sur des substitutions d’accords sur le cycle des quintes et l’usage intensif des notes altérées (quinte augmentée par exemple) ou de la gamme par ton qui devient sa signature. Dans un article pour Melody Maker, daté du 22 mai 1954, la pianiste Mary Lou Williams raconte les premières heures du Be Bop et attribue la paternité du style à Thelonious MonkArt BlakeyKenny ClarkeCharlie Christian et Idrees Sulieman. Selon elle « Lorsque Monk jouait au Minton’s, il y avait peu de musiciens qui pouvaient le suivre sur les changements d’accords » sauf ceux précédemment cités. 

De cette période, datent les premières compositions marquantes de Monk : « Round Midnight » (enregistrée en 1941 par Cootie William), «Epistrophy »« (co-signé par Kenny Clarke, enregistré en 1942), « Rhythm-A-Ning » (enregistrée en 1941). Monk est au Minton’s, mais il joue aussi au Kelly’s Stable en 1942 avec le Kansas’ City Six de Kenny Clarke, au Spotlite avec le Big Band de Dizzy Gillespie, pour les concerts de Jazz at the Philharmonic. Mais en 1951, il est arrêté pour usage de drogue et sa carte de cabaret, nécessaire pour jouer à New-York lui est retirée. Il ne la recouvrera qu’en 1957, ce qui lui permettra d’assurer l’engagement de son quartet avec John Coltrane de juillet à décembre de cette année, avec en bouquet final le concert au Carnegie Hall le 29 novembre.

Les dates ...

1982 (17 Février)
Décès de Thelonious Monk
1976
Concert au Carnegie Hall
1968
Récompense : Grammy Award de la meilleure pochette
1964 (28 Février)
Parution du magazine Time
1957 (29 Novembre)
Concert au Carnegie Hall

Vidéo

Epistrophy
Thelonious Monk

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Thelonious Monk

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