Dans les petites villes ou villages des vallées des Galles du sud, chanter est comme une seconde nature ; le petit Thomas Jones Woodward (né le 7 juin 1940 à Pontypridd) débute très tôt, lors de réunions de familles, de mariages, à la chorale de son école où il se fait remarquer en chantant plus fort que les autres. Adolescent et doté d’un physique avantageux, il est envoûté par la vague du rock ‘n’ roll qui envahit les ondes radio, notamment
Jerry Lee Lewis, manque l’école et court les filles. Atteint soudainement par la tuberculose, il est alité pendant presque un an pendant lequel il reste l’oreille collée au poste de radio familial. A seize ans il abandonne ses études pour travailler dans une fabrique de papier, met enceinte son amie d’enfance avec laquelle il se marie à dix sept ans. Mais l’appel du BBB (« British Beat Boom ») est fort, et il devient en 1963 le chanteur du groupe local amateur
Tommy Scott & The Senators où il gagne son surnom de « Tiger Tom » et une réputation de buveur de bière (brune) invétéré.
Quoi de neuf minette ?Mais l’action se passe à Londres, pas au fin fond du Pays de Galles. Aussi, grâce à deux relations locales qui deviennent leurs managers, la formation enregistre une maquette élaborée avec le fameux producteur Joe Meek, qui refuse de la voir publier. Les sénateurs dépités retournent à leurs bals et clubs du Pays de Galles, mais le manager londonien
Gordon Mills, Gallois lui aussi (ex-conducteur de bus et futur propriétaire de la plus grande collection d’orang outans du monde !), les y écoute un soir et tombe en admiration devant le chanteur à la voix de ténor. Mills obtient un arrangement avec les managers, prend Thomas Woodward sous sa houlette, raccourcit son nom de scène
Tommy Scott en
Tom Jones, l’installe à Londres et le fait signer sur Decca, et Parrot aux USA. Le groupe change son nom en Playboys, puis Squires. Un premier 45-tours,
« Chills And Fever » n’obtient aucun succès en août 1964, mais en janvier suivant,
« It’s Not Unusual », est aussitôt n°1 en Grande Bretagne, n°10 aux Etats-Unis et n°4 en France. Débuts fracassants pour une carrière phénoménale. Qui se poursuit aussitôt en juin 1965 avec
« Along Came Jones » et le thème chanté du film de Clive Donner
What’s New Pussycat, écrit par
Burt Bacharach et
Hal David, succès international (n°15 en France) sauf en Grande Bretagne… Quelques mois plus tard les producteurs des James
Bond lui confient le thème du quatrième film,
Opération Tonnerre (
« Thunderball »). Il rencontre alors
Elvis Presley et leur amitié durera jusqu’à la mort du King. Il poursuit ses liens avec le cinéma anglais en interprétant début 1966 le thème du film Promise Her Anything d’Arthur Hiller, place
« Not Responsible » 25ème en France en mai, et obtient l’un des plus grands hits de sa carrière à la fin de cette année avec
« Green Green Grass Of Home » une ballade country chantée avec succès déjà l’année précédente par
Porter Wagoner mais que Jones avait découverte dans l’album de son idole
Jerry Lee Lewis Country Songs For City Folks ; cette chanson devenue fameuse (plus d’une centaine de copyrights) amènera plus tard
Tom Jones à interpréter plus de country music.
VegasAlors et depuis le refuge des chanteurs disons…âgés, c’est à 27 ans que
Tom Jones connaît la première de ses longues expériences dans la capitale du jeu. Il se produit d’abord au casino Flamingo, et retournera plusieurs fois au cours de sa carrière dans la cité, notamment au Caesar’s Palace, devenant incontournable encore aujourd’hui dans le paysage artistique de Las Vegas. Jusqu’au milieu des années 70,
Tom Jones maintient son statut de superstars, multipliant les collaborations et les hits. En 1968 il connaît son plus grand succès avec
« Delilah » (n°5 en France en mai), une chanson tragique de Barry
Mason et
Les Reed qui a fait le tour du monde et qui apparaît dans plus de 150 des compilations consacrées au chanteur. Confortablement installé dans le show business américain, il conduit pendant deux ans le show TV
The Tom Jones Show où il accueille le gratin musical de 1969 à 1971. Riche et adulé à trente ans, créateur avec Mills et le chanteur
Engelbert Humperdinck (présenté comme son rival alors que les deux hommes sont amis) du label MAM, sa carrière est alors stoppée par des incidents successifs ; son groupe se sépare, ses deux premiers managers lui intentent un procès pour sommes non versées, et le fisc britannique lui tombe dessus, le forçant à s’exiler pour de bon aux Etats-Unis en 1974 où il obtient une carte verte d’immigrant et s’offre le domaine de
Dean Martin dans Bel Air, quartier huppé de Los Angeles, pour un million de dollars.