Frederick Hibbert, natif de May Pen dans le comté de Clarendon le 10/12/1945, chante dès son plus jeune âge. Il fait partie, avec ses quatre frères et ses trois s?urs, de la chorale de l'église baptiste du village. Lorsqu'il part à Kingston pour devenir coiffeur, sa voix le fait plus remarquer que son coup de ciseau. Tenté par l'enregistrement, il rencontre ses futurs complices, Nathaniel « Jerry » Matthias et Henry « Raleigh » Gordon.
De Figaro aux Maytals
Dans le Kingston de l'époque, le trio vocal est la norme ; Raleigh Gordon suggère le nom de Maytals pour leur prometteuse association. Les trois complices peaufinent longuement leurs harmonies, ajustent la complémentarité de leurs timbres et commencent à auditionner. C'est l'incontournable Sir Clement « Coxsone » Dodd qui leur offre leur première chance - et quelle chance ! - enregistrer avec le groupe résident à Studio One, les Skatalites.
Le titre « Hallelujah » est empreint d'une ferveur religieuse mélangée au rythme du ska ; il n'en faut pas plus pour placer les Maytals en haut de l'affiche. Dès le début, le succès est au rendez vous, dans l'effervescente Jamaïque à peine indépendante. Vite lassés du racket de Coxsone, qui les paye trois Livres Sterling par face, les Maytals vont de producteur en producteur. Prince Buster devient leur nouveau mentor, il leur permet de conforter leur popularité en Jamaïque et de se faire connaître jusqu'en Grande-Bretagne.
Surtout ils rencontrent un fameux complice de Prince Buster, Byron Lee et son groupe les Dragonaires. En 1966 a lieu le premier festival musical en Jamaïque, les Maytals accompagnés par les Dragonaires raflent le premier prix avec « Bam, Bam ». Cette récompense les fait passer du statut d'artistes connus, à celui de stars locales.
La renommée n'a pas seulement des avantages : ses projecteurs éclairent parfois trop crûment les individus et leurs travers. Toots n'est pas porté que sur la religion, bien que non rastafari, il voue un culte empressé à la ganja. Le texte de « Bam, Bam » a le tort de protester contre la condition des Noirs, les autorités se servent du penchant coupable de Toots pour lui faire goûter du cachot.
54-46 numéro magique
Cet épisode carcéral enlève à Toots le goût de la protestation, pas celui de la sinsemilla. Toots est sauvé par la texture exceptionnelle de sa voix, car ses compagnons préfèrent l'attendre dix huit mois que d'engager un autre soliste. Sa voix à la force et à la profondeur uniques, en font le Otis Redding ou le James Brown jamaïcain.
La carrière du trio redémarre avec le concours d'un nouveau producteur, Leslie Kong. Le répertoire des Maytals commence à intégrer des influences soul, en plus de leur traditionnelle fidélité au gospel. Le résultat est l'éblouissant titre « 54-46, That's My Number », 54-46 est le numéro d'écrou de Toots, où il raconte sa captivité. Le rocksteady qui a succédé au ska, est ici mêlé de soul pour inaugurer un tempo particulièrement dansant, un contretemps particulier entre basse et batterie.
Il faut attendre 1968 et un nouveau titre produit par Leslie Kong pour que ce nouveau rythme trouve un nom. « Do the Reggay » n'a évidemment pas inventé le reggae, mais il lui a donné son nom de baptême, juste retour des choses pour le fervent chrétien qu'est Toots. En 1969, « Sweet and Dandy » donne aux Maytals un nouveau prix au Festival Song Competition, partout en Jamaïque le nouveau son commence à triompher et de nouveaux groupes vocaux naissent chaque jour.
Funky Kingston
L'explosion a lieu en 1972 avec la bande originale du film The Harder They Come. Jimmy Cliff y est starisé mais les Maytals voient figurer deux de leurs titres dans la sélection. Comme beaucoup d'autres, les Maytals passent du label Trojan de Duke Reid au label Island de Chris Blackwell. Rebaptisés Toots and the Maytals, en raison du charisme et de la position de soliste de Toots, ils sortent en 1973 le sublime Funky Kingston. Cette production figure parmi les albums qui ont fondé le reggae, en même temps elle s'éloigne du son « roots » par sa connivence avec la soul. La singularité de Toots est là, il crée à lui seul un sous genre dans le reggae naissant. Le style ragga et le dancehall, qui apparaîtront bien plus tard, descendent en droite ligne de la fascination de Toots pour le son Stax.
Les années 70 sont pour Toots and the Maytals une suite de tournées triomphales, en Europe et aux Etats Unis. Les albums se succèdent également avec Reggae Got Soul, Pass the Pipe et Just Like That. Hormis le fait que le nom de Toots y apparaît de plus en plus gros, écrasant de son ego les Maytals, il devient flagrant que son talent de compositeur est limité. Les compositions sont trop souvent dans un moule identique et ne soutiennent pas la comparaison avec l'explosion créative des autres artistes reggae.