En 1976, cela fait déjà vingt-trois ans que le batteur Jeff Porcaro est le fils de son père (percussionniste ayant accompli l’exploit de jouer avec Pierre Boulezet Stan Getz). Et, ce jour-là, petit Jeff explique à son copain le claviériste David Paich (qui lui, est le rejeton de Marty, par ailleurs pianiste et arrangeur d’Ella Fitzgerald ou Frank Sinatra), qu’il en a assez de cachetonner pour des stars comme Boz Scaggs (l’album Silk Degrees, vendu cette année-là à plusieurs millions d’exemplaires), Sonny and Cher ou Steely Dan.
Ils rassemblent alors autour d’eux le guitariste Steve Lukather (seulement âgé de quinze ans), le chanteur Bobby Kimball et le bassiste David Hungate. Quant à Steve Porcaro (pianiste et frère cadet de Jeff), il réussit à se glisser par la fenêtre entrouverte et à rejoindre ce nouveau groupe : c'est en 1978 que naît Toto. Le choix du patronyme n’est pas la conséquence d’une inclinaison suspecte pour les plaisanteries niaises : Toto est le nom porté par le chien de Judy Garland dans le Magicien d’Oz (d’autres sources assurent que Toto a été choisi car, en latin, le terme signifie universel).
Coup d'essai
C’est en 1978 que sort le premier album du groupe, Toto. Entraîné par trois singles (« Hold the Line », « Georgy Porgy » et « I’ll Supply the Love »), le disque dépasse le million d’exemplaires et est nominé aux Grammy Awards. Une partie du métier commence déjà à reprocher aux musiciens du combo de n’être que des requins de studio. Dès ce premier disque, le graphiste Phillip Garris assure l’iconographie des pochettes, variations ésotériques à base de pierres, anneaux, et épées.
En 1979, Hydra réalise des scores moindres que son prédécesseur et laisse pointer des tensions entre Bobby Kimball et David Paich, ce dernier accusé d’interventionnisme à outrance. C’est dans ce contexte défavorable qu’est édité le troisième album : Turn Back (1981) ne déchaîne nulle passion.
Coup de maître
Il en va tout autrement de Toto IV (1982) : triple Disque de platine, l’album offre de surcroît les deux chansons les plus emblématiques de l’équipe, « Rosanna » (sans doute un traumatisme mais, non, la chanson n’évoque pas l’actrice Rosana Arquette, ex-petite amie de Steve Porcaro), et « Africa », qui atteignent respectivement la deuxième et première place des classements de ventes de singles américains.
La production permet également à Toto de recueillir six Grammy Awards (dont ceux de l'album et de la chanson de l’année) et à Steve Lukather de se voir gratifier d’une récompense pour le hit « Turn Your Love Around ». Pour achever l’année, toute l’équipe participe à l’enregistrement du Thriller de Michael Jackson.
Coup de froid
En 1984, Hungate est remplacé par le troisième rejeton de la lignée Porcaro : Mickael Joseph P. devient le bassiste du groupe. Entre temps, Bobby Kimball a été licencié (trop de substances illicites et trop de tout) et remplacé par le Danois d’origine Fergie Fredericksen, transfuge de Le Roux, anecdotique groupe de blues-rock. Le groupe se fourvoie ensuite dans la réalisation de la bande originale de Dune, film de David Lynch (mais s’en sort avec plus que les honneurs). Le nouvel album (Isolation) déroule deux nouveaux hits (« Holyanna » et « Strangers in Town »), mais constitue globalement un échec commercial. Puis Toto offre aux Jeux olympiques de Los Angeles le générique des retransmissions des épreuves de boxe.
En 1986, un nouvel album (Fahrenheit) voit l’incorporation dans l’équipe d’un nouveau chanteur. Dans la grande tradition de legs héréditaire de Toto, Joseph Williams est le fils du compositeur John Williams (responsable, notamment, du thème de La Guerre des Etoiles).