Né Adrian Thaws le 27 janvier 1968 à Knowle West, un quartier de Bristol,
Tricky aime rappeler les origines complexes de sa famille, où se mêlent sangs africain, indien, italien et irlandais : « J’ai très vite décidé que je ne voulais appartenir à aucun sous-groupe. Je voulais être un alien, un être unique, sans couleur » confie-t-il à la sortie de son premier album, comme pour justifier sa volonté d’échapper en tant qu’artiste à toute étiquette. De son enfance, on sait peu de choses : le départ de son père avant sa naissance et le suicide de sa mère Maxine Quaye, alors qu’il n’a que quatre ans. Elevé par ses grands-parents,
Tricky grandit dans un environnement violent, parmi des oncles « aux arcades sourcilières chargées de souvenirs ». Il connaît une adolescence difficile, faisant même un court séjour en prison à l’âge de dix-sept ans pour recel de faux billets.
The Wild BunchMusicalement,
Tricky cherche très tôt à affirmer sa différence, manifestant dès la fin de l’enfance son goût pour les groupes à mixité raciale rappelant ses origines, considérant
The Specials au sommet de son panthéon personnel. Le «
Tricky Kid » (gamin rusé), tel que le surnomment ses amis, doit son éducation musicale à un grand-père mélomane, l’un des premiers DJ du quartier jamaïcain de St Pauls à Bristol, et à sa grand-mère férue de
Billie Holiday.
Tricky gardera une sensibilité particulière pour les voix féminines, réccurentes dans son œuvre. Alors qu’il est encore au lycée, il commence à rapper au sein du groupe The Fresh 4. Habitué des sound-systems de la ville, il croise fréquemment le chemin du collectif The Wild Bunch (en référence à
L’Equipée sauvage), qu’il finit par intégrer suite à sa rencontre avec Miles Johnson, alias DJ Milo. Au sein de l’immense communauté jamaïcaine de Bristol, The Wild Bunch sert alors de passeur éclairé entre musique blanche et musique noire, mêlant dans ses soirées le dub, le punk, la soul et le hip-hop. Elaboré entre 1983 et 1987 durant la formation du groupe, le fameux son de Bristol est en pleine gestation (cf. la compilation
The Wild Bunch – Story of a Sound System parue en 2002).
Massive AttackC’est au sein de The Wild Bunch que
Tricky fait la connaissance des musiciens Robert Del Naja alias
3-D, Grant Marshall (Daddy G) et Andrew Vowles (Mushroom), ainsi que du producteur
Nellee Hooper, futur réalisateur sonore des albums de
Soul II Soul et Björk. Cette pépinière de talents compte aussi dans ses rangs
Geoff Barrow, future moitié musicale de
Portishead. La dissolution du collectif débouche sur la formation de
Massive Attack, que
Tricky accompagne occasionnellement comme MC, fournissant des textes sans jamais devenir un membre à part entière. Avec son complice
Mark Stewart, ancien chanteur de la formation post-punk
The Pop Group, il compose
« Aftermath », un morceau au rythme hynoptique empruntant son sample ralenti au classique
« That’s The Way Love Is » de
Marvin Gaye. Cependant, il manque encore une voix. C’est
Martina Topley-Bird, une lycéenne de quinze ans et chanteuse amateur rencontrée dans la rue, qui va transfigurer le titre proposé à
Massive Attack, alors en plein enregistrement du grand album classique
Blue Lines (1991). Si
« Aftermath » n’est pas publié, trois autres pièces élaborées par
Tricky sont approuvées par le groupe pour ce disque :
« Blue Lines »,
« Five Man Army », et
« Daydreaming ». Cependant, devant l’énorme succès de l’album,
Tricky prend ses distances par rapport à
Massive Attack, craignant de perdre son identité musicale.
SoloAidé de
Geoff Barrow,
Tricky offre son dub,
« Nothing’s Clear », premier titre solo publié sur la compilation caritative
The Hard Sell (1991). A la fin de l’année suivante,
Tricky prend à son compte le pressage à 500 exemplaires du maxi-vinyle
« Aftermath », qui lui vaut d’être signé au printemps 1993 sur le label 4th & Broadway, distribué par Island, qui lui propose un contrat d’artiste solo.