par Nikita Malliarakis
« Land of 1000 Dances » lui permet de s’imposer sur le marché de la pop et devient l’une de ses chansons les plus populaires en concert : il en arrive à l’interpréter presque aussi souvent que son standard n°1 « In the Midnight Hour ». A moins de trente ans, Wilson Pickett, qui écrit ou co-écrit souvent ses propres titres, est désormais l’une des principales vedettes de la musique noire américaine.
Dans les locaux de Fame Studios et dans ceux de la maison-mère Atlantic, l'artiste multiplie les séances avec des musiciens comme Bobby Womack (avec qui il conçoit plusieurs hits, dont « I’ve Come a Long Way ») ou le guitariste de rock sudiste Duane Allman (The Allman Brothers). En 1968, l’album The Midnight Mover porte particulièrement la marque de la contribution de Womack. Avec les auteurs-producteurs Kenneth Gamble et Leon Huff, Pickett conçoit, au tournant des années 1970, les tubes « Get Me Back On Time, Engine Number 9 » et « Don’t Let the Green Grass Fool You ». Titre quelque peu prophétique car Wilson Pickett va bientôt découvrir, dans les années suivantes, que l’herbe n’est pas plus verte ailleurs.
Sortie de route
En 1972, au faîte de son succès, Wilson Pickett quitte Atlantic Records pour aller travailler chez un label concurrent, RCA Records. S’il continue de signer de beaux succès, avec des titres comme « Mr. Magic Man » et « Soft Soul Boogie Woogie », ses ventes commencent un peu à décliner, les modes musicales des années 1970 évoluant de plus en plus vite. Une superstition, parmi les musiciens des années 1960, voulait qu’une sorte de malédiction pesât sur les artistes quittant des labels comme Motown ou Atlantic, qui n’arrivaient plus à rien faire de bon ensuite.
Quel que soit le crédit pouvant être accordé à ce genre de « légende urbaine », il faut hélas observer que Wilson Pickett est rapidement la victime d’une certaine scoumoune. Avec l’évolution du rhyhtm 'n' blues, la soul a moins la cote et l’ex-prodige rejoint le cortège des victimes de la mode. En 1975, RCA met sans autre forme de procès un terme à son contrat avec Wilson Pickett : dix ans à peine après son accession à la gloire avec « In the Midnight Hour », le chanteur se retrouve quasiment au point de départ. Il gère son propre label, Wicked (vicieux, comme son surnom), et revient enregistrer au mythique entrepôt.
A la fin des années 1970, il travaille pour le label EMI et signe l’album I Want You. Mais, s’il continue de tourner et de se produire, accompagné de son groupe The Midnight Movers, la discographie de Wilson Pickett s’espace de plus en plus avec les années 1980. Sept ans s’écoulent ainsi entre les albums Right Track (1980) et American Soul Man (1987). N’étant plus sur le devant de la scène, le chanteur n’en est pas mois actif comme auteur et continue d’écrire des chansons régulièrement reprise par des collègues, parmi lesquels Bruce Springsteen, Aerosmith, les Rolling Stones ou même Genesis.
Respecté comme pionnier et parrain de la soul (un hommage appuyé lui est rendu en 1991 dans le film The Commitments, réalisé par Alan Parker), Wilson Pickett a cessé d’être une force motrice de la musique américaine. Si l’artiste s’est effacé, une des raisons en est sans doute l’homme lui-même, dont le caractère difficile et les excès de boisson rendent la vie assez chaotique. Il multiplie ainsi les inculpations et/ou les condamnations, d’abord pour port d’armes, puis pour consommation de drogues, puis pour avoir, apparemment sous l’emprise d’une substance, menacé de mort le maire d’une commune du New Jersey, enfin pour avoir frappé sa compagne. Bien que chargé d’honneurs pour l’ensemble de sa carrière et redécouvert par de nouvelles générations, le soul man semble appartenir au passé.
En 1993, ivre au volant, Wilson Pickett renverse un octogénaire, qui meurt quelques temps plus tard : pas fier, le chanteur plaide coupable et écope d’un an de prison ferme, suivi de cinq ans de liberté conditionnelle. Ce n’est qu’en 1999 que l’interprète de « In the Midnight Hour » réalise son vrai come back, avec l’album It’s Harder Now, qui lui vaut une nomination aux Grammy Awards et réveille l’intérêt du public et des professionnels pour sa carrière.
Les dates ... 2006 (19 Janvier) Décès de Wilson Pickett 1999 Retour avec It's Harder Now |