Il y eut des moments de doute, des égarements dans la fièvre nocturne, et ces instants où on se laisse à penser que l’alcool sert de génie créateur.
Aujourd’hui,
Yuri Buenaventura saute de nouveau en pleine lumière, ivre, mais de musique. Pour la première fois, l’album ne recèle pas de ses adaptations du patrimoine (généralement francophone) qui ont fait la renommée du Colombien. Toutes les compositions sont donc originales, même si plusieurs ont bénéficié de l’apport de quelques invités de talent.
En bilingue en conséquence dans le texte, «
Si Tu Estas Aqui » revisite en doux duo (la chanteuse Berry, et une voix d’
Astrud Gilberto francophone) des langueurs que n’aurait pas renié
Antonio Carlos Jobim. C’est l’Américaine
Morley (tout à la fois poète, chanteuse, danseuse et chorégraphe new-yorkaise) qui s’associe sur un tempo jazzy à Yuri dans «
Caminamos ». Le Belgo-congolais
Baloji délivre son rap alter-mondialiste dans «
No Pasa Nada ». Et l’Ibérico-carcassonaise
Olivia Ruiz soutient le climat impressionniste (un amour se cache, comme la lune derrière la brume) de «
Te Fuiste ».
Mais malgré les noms, et les climats qui vont avec,
Cita Con La Luz doit essentiellement à Buenaventura, à son amour pour une rose colombienne («
Valle De Rosas », enregistré à…La Havane), à son sens du déhanchement pianistique («
La Hamaca De La Noche »), et à sa quête d’une femme belle comme…une Cordillère («
Amor Eterno »). Et si Yuri joue aux mauvais garçons dans «
Se Me Fue La Vida », ou se grime en petit garçon en retrouvant l’harmonium de son enfance («
No Le Puedo Recordar »), il s’empresse, simultanément, de dédier «
La Cita » à son grand-père.
Entre frénésie et hédonisme, sensualité et nostalgie, tout un monde, celui de
Yuri Buenaventura.
Christian Larrède