Ivo Livi alias Yves Montand naît le 13 octobre 1921 à Monsummano Alto en Toscane. Ses parents Giovanni et Giuseppina sont contraints dès 1924 de fuir le régime fasciste italien, direction le Sud de la France, à Marseille. A l’âge de onze ans, Ivo doit quitter l’école pour entrer à l’usine. Il travaille également comme apprenti coiffeur dans le salon de sa sœur Lydia où il emballe déjà toutes les dames du quartier. Pourtant, le grand gaillard Ivo Livi fait preuve d’une grande timidité, ce qui l’empêche d’imaginer toute prestation artistique en public. Il se contente d’imiter en secret une de ses idoles, l’étoile hollywoodienne : Fred Astaire.
1938 : Ivo Livi n’a aucune expérience scénique. Pourtant, Francis Trottebas dit Berlingot, régisseur et impresario l’engage comme chauffeur de salles à Marseille. Il incite le jeune artiste à prendre des cours de chant et se constituer un répertoire. Yves Montand se produit d’abord avec des imitations de Charles Trenet, Maurice Chevalier ou Fernandel. Berlingot l’envoie chez un auteur aveugle Charles Humel. Celui-ci réinvente le monde des westerns « Dans les plaines du Far-west ». Montand inaugure cette toute première chanson le 21 juin 1939 à l’Alcazar, le temple du music-hall à Marseille.
Le salaire de la peur
Sous l’Occupation, Yves Montand doit abandonner un temps ses premiers bonheurs de chanteur. Il devient tour à tour manœuvre métallurgiste aux Chantiers de Provence et docker de transit. Au printemps 1941, Montand retrouve la scène, de galas en province à l’Alcazar. L’Odéon, autre salle importante de Marseille sollicite son mini-show. Le journal Le Petit Provençal le consacre alors « révélation de la saison ». Il n’a toujours pas de répertoire fourni mais son sens de la mise en scène et du détail impressionne déjà le public. 13 mars 1942 : Les Chantiers de la Jeunesse enrôle Yves Montand quelques mois à Hyères pour des travaux collectifs. Il remonte par la suite sur la scène de l’Odéon.
Septembre 1943 : Le service du travail obligatoire l’attend désormais en Allemagne. Sa sœur l’aide à éviter le STO. Cette fois, Yves Montand n’a pas d’autre choix que quitter Marseille. Audiffret, son tourneur a de toute façon décroché un contrat en or : chanter à l’ABC, salle parisienne de renom.
Ma gosse, ma p’tite môme
Une fois à Paris, en 1944, Yves Montand alterne les engagements entre les salles de spectacles (Bobino, Folies-Belleville) et les cabarets. Cette année-là, Yves Montand passe une audition pour remplacer au pied levé la première partie d’Edith Piaf au Moulin-Rouge. La Môme, séduite, l’engage et l’entraîne dans l’envers du music-hall. Elle sent tout le potentiel artistique de son nouvel amant. Elle l’aide à se forger un répertoire dense et populaire. Yves Montand accepte d’abord deux chansons de Loulou Gasté et Jean Guigo : le célèbre « Battling Joe » et « Luna Park ». Piaf l’entoure également de sa fidèle équipe : Henri Contet, Louiguy et Marguerite Monnot.
5 octobre 1945 : Yves Montand passe pour la première fois à l’Etoile, grande salle parisienne d’après-guerre. Il interprète diverses chansons dont « Ma gosse, ma p’tite môme » ou « Gilet rayé ». Chanteur, danseur et acteur, Yves Montand sait tout faire. Il part donc avec Edith Piaf sur le tournage d’Etoile sans lumière de Marcel Blistène. Seulement, la Môme quitte Montand comme les autres, laissant le jeune artiste désoeuvré. Néanmoins, il a déjà acquis une certaine notoriété auprès du public parisien.
Paroles, Paroles
En janvier 1946, Jacques Prévert, déjà auteur du recueil de poèmes Paroles et Marcel Carné, célèbre réalisateur demandent à rencontrer Yves Montand. Le tandem prépare un film où Gabin devait jouer le rôle principal. Yves Montand prend donc sa place dans Les Portes de la nuit.